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Haïti: L'archevêque du Cap Haïtien est parti vers le paradis

 

MESSE DE FUNERAILLES DE Mgr François GAYOT,
le 18 décembre 2010,
à la paroisse Saint Louis Marie de Montfort à Rome

Homélie du Père Joseph Philor SMM, Assistant Général

Très cher Père Santino, Supérieur Général de la Compagnie de Marie, très chère Sœur Louise, Supérieure Générale de nos sœurs, les Filles de la Sagesse, très cher Frère René, Supérieur Général de nos frères, les Frères de Saint Gabriel... chers frères, chères sœurs de la grande famille montfortaine, bien chers religieux, religieuses, bien chers pères, bien chère Mme Nathalie Hahn Castera, secrétaire et représentante de l’Ambassadeur d’Haïti près le Saint-Siège, bien chers amis,
Quand disparait quelqu’un qui nous est cher, nous avons douloureusement conscience d’une brisure, d’un lien qui se défait. Il faudra continuer notre vie sans lui. Cet arrachement de la mort nous blesse et nous déconcerte, comme si nous n’étions pas préparés à ce déchirement-là, alors que toute notre vie est jalonnée de liens rompus. Cependant, au moment où nous sommes ici autour de notre frère défunt, Mgr François Gayot pour la prière, paradoxalement c’est vers la vie  que nos esprits sont orientés.
Que de choses nous parlent de la vie et nous empêchent de penser à la mort. Non seulement cette présence familiale et amicale, ce capital si riche d’affection, d’amitié, de respect… non seulement cette volonté d’effacer l’impression de destruction et de deuil qui nous frappe, d’ailleurs les fleurs autour de Mgr l’expriment clairement. Mais surtout le fait qu’en pensant à lui, vous évoquez sa vie plus que sa mort.
Je refuse de parler de lui au passé et j’ai même la tentation de lui parler directement! Cet homme autour duquel nous  nous trouvons est :
a) un religieux identique
b) un missionnaire  hors pair
c) un franc et modèle haïtien
  
a) un bon RELIGIEUX!  Il a fait son noviciat et ses études scolastiques en France. Ordonné prêtre dans ce même pays, dans la congrégation des missionnaires montfortains, il a eu sa première obédience pour la Paroisse de Jean-Rabel, dans nord-ouest d'Haïti, d’abord comme vicaire, puis comme curé.
C’est en 1966, qu’il a été élu premier Provincial des Montfortains d’Haïti, jusqu’en 1974 où le Pape Paul VI le nomma Évêque en lui confiant la charge pastorale du diocèse du Cap-Haïtien. Puis en 1988, le Pape Jean-Paul II décide l’érection de la deuxième Province ecclésiastique d’Haïti et fit de lui le premier Archevêque de cette nouvelle métropole.
Après son ministère épiscopal pendant 29 ans au Cap-Haïtien, il a continué son ministère comme religieux à Port-au-Prince  et a eu sa résidence au provincialat des montfortains, rue Sapotille.

b) MISSIONNAIRE sans faille! Ayant eu un pied à terre à Port-au-Prince après son immersion  à la paroisse de Jean-Rabel, c’est là qu’il a eu sa première expérience de mission itinérante pour l’évangélisation, et il a exercé ce ministère pendant dix ans. Il partait pour 3, 4, 6 mois de la maison missionnaire où il revenait pour préparer d’autres missions C’est ainsi qu’il a pu parcourir à cheval l’ensemble des diocèses du pays et pu y rencontrer la population dans les zones les plus reculées et les plus pauvres d’Haïti. A travers ces longues randonnées, au cours de ses conversations avec les uns et les autres, il a découvert un peuple habité par l’espérance, doté des valeurs évangéliques les plus pures : l’esprit de pauvreté, la disponibilité à l’accueil, le sens du partage.

c)  un vrai HAITIEN! Né le12 Juillet 1927, d’une famille de dix enfants à Port-de-Paix, Nord-ouest d’Haïti. Doué d’une intelligence d’élite, après ses études primaires et secondaires dans sa ville natale, il s’est dirigé vers les religieux montfortains qui missionnaient déjà depuis 1871 dans ce diocèse. Là, il a fait croitre sa vocation qu’il a pu découvrir déjà le premier signe  vers l’âge de six ans, dans la cathédrale de cette ville, où il aidait à desservir l’autel.

Après sa première obédience  dans son pays natal, il a du retourner en France pour d’autres études spécialisées telles que :
D’une part, il a étudié la sociologie générale et d’autre part, il a étudié l’ethnologie et l’anthropologie socioculturelle. Pendant ses recherches à l’École Pratique des Hautes Études à l’Université de Paris, il a poursuivi des études de ‘’Linguistique Générale’’ et d’anthropologie physique pour parfaire ses recherches sur le vodou haïtien, le plaçage et le créole. Il est un franc haïtien et reste un modèle et j’ose même dire  qu’il est un des  symboles   d’Haïti.

C’est à partir de cette note d’espérance que j’ai pu comprendre les dernières paroles de Mgr Gayot juste avant son entrée dans le coma. Il disait en espagnol (car au dernier moment il ne parlait que l’espagnol), je traduis : " Une autre vie, une autre réalité, une autre ville, nous sommes déjà à la porte d’Haïti… Une nouvelle Haïti!"  Il répétait cela sous forme d’une oraison jaculatoire… Pendant un bon bout  de temps…Le père Adriano et moi qui l’avons accompagné à l’hôpital, nous étions témoins! Il est un homme d’espérance, un homme de prière, un homme d’études. Homme responsable, il a un sens profond de L’Église. D’une créativité inouïe, il a pu mettre sur pied à l’échelle nationale des commissions et des centres polyvalents pouvant aider dans tous les domaines. Archevêque émérite depuis le 5 novembre 2003, de son vivant tout tournait autour de sa personne au niveau de la conférence des Évêques. Combien de fois  a-t-il dirigé la présidence de cette conférence? Il a même déclaré au cours d’une rencontre où il cherchait l’unité dans le corps des dirigeants de l’Église qu’une conférence d’évêques ne doit pas être un regroupement d’évêques isolés, mais  une ‘’école de communion’’ c’est-a-dire, un épiscopat qui réfléchit, qui pense, qui prie et qui décide ensemble!

C’est ce qui explique pourquoi il était au dernier moment encore responsable de deux commissions épiscopales assez importantes, celle de la pastorale des Migrants pour laquelle son mandant venait d’être renouvelé pour une période de quatre ans à la dernière réunion du mois de novembre dernier et celle de la Paix et de la Réconciliation. Pour comprendre sa vie de religieux et de missionnaire, il suffit de l’entendre dans une interview donnée récemment  autour de sa retraite. Il disait : "d’une façon générale, la retraite est considérée comme un " temps mort" où l’on mène une vie au ralenti. Pour ma part, cette période de ma vie est un temps d’activités intenses. Il est fait de réflexions, certes, mais surtout de rencontres, de prédication et de prières qui me permettent de me situer face aux personnes, aux événements et aux choses et de discerner les points les plus importants à relever dans la conjoncture présente et dans l’avenir de l’Église d’Haïti".
Monseigneur est un homme du présent et de l’avenir… Jamais il n’est un homme du passé. Malade encore, il planifiait ses itinéraires avec le Père Général, son renouvellement de visa etc… Il n’était vraiment pas prêt à partir.

Alors, la vie qu’on repère en cet homme, pensez-vous qu’elle pourrait être vaincue d’ un revers de la main par la mort? Non! Mille fois non!
C’est cette intuition qui nous conduit à accueillir avec une immense espérance les Paroles de la Bible. Dieu, en effet, n’a cessé de nous dire que nous avons du prix à ses propres yeux et qu’il nous aime. "Même si une mère oubliait son enfant, dit-Il, moi je ne t’oublierai jamais"  (Is 49,15). Et l’Évangile nous met encore en confiance quand Jésus nous dit : "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jn 14, 6).
Nous croyons, comme Jésus lui-même nous l’a confirmé, qu’il est notre résurrection et notre vie. Alors notre frère Mgr Gayot n’est pas mort, à parler d’enterrement c’est certainement une erreur de langage... parlons de préférence d’ "encielement". 
Pendant toute sa vie, Mgr Gayot a eu une vision internationale incontournable. Il a été envoyé en stage d’études missionnaires en France, il a eu sa première obédience apostolique comme jeune prêtre en Haïti. Il était ici ces derniers temps pour une rencontre missionnaire en faveur des migrants, il a voulu tout bonnement clôturer sa mission en bon religieux à la maison généralice comme étant située dans la VILLE ETERNELLE, mais à la demande de ses confrères en Haïti, il va être "encielé" là-bas pour être plus proche de ceux  et de celles qui doivent lutter  en faveur de cette nouvelle Haïti qu’il a pressentie... Comme missionnaire apostolique et comme homme de défis, Monseigneur nous espérons que vous êtes déjà rendu dans la ville nouvelle dont vous nous avez parlé, alors que vous aimez tellement nos entreprises missionnaires de notre grande famille montfortaine, ayez donc la bonté, Monseigneur,  par l’intercession de la Vierge Marie, votre mère et notre mère, de Saint Louis Marie de Montfort, notre saint Patron et de Marie Louise, sa fille aimée, de prier pour la réussite de nos projets de mission et de prier surtout pour Haïti…Bye bye Monseigneur !

 

 

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