L'AMOUR DE LA SAGESSE ÉTERNELLE
1- Prière à la Sagesse éternelle
[1] O divine Sagesse, souveraine du ciel et de la terre, humblement prosterné devant vous, je vous demande pardon de ce que je suis assez hardi pour parler de vos grandeurs, étant aussi ignorant et aussi criminel que je suis. Ne regardez pas, je vous prie les ténèbres de mon esprit et les souillures de ma bouche, ou, si vous les regardez, que ce ne soit que pour les détruire d'une oeillade de vos yeux et d'un souffle de votre bouche. Vous avez tant de beautés et de douceurs, vous m'avez préservé de tant de maux et comblé de tant de bienfaits, et vous êtes d'ailleurs si inconnue et si méprisée. Comment voulez-vous que je me taise? Non seulement la justice et la reconnaissance, mais mon intérêt même m'obligent à parler de vous, quoiqu'en bégayant. Comme un enfant, je ne fais que bégayer, il est vrai, mais c'est que je suis encore enfant, et, en bégayant, je désire apprendre à bien parler, lorsque je serai arrivé à la plénitude de votre âge.
[2] Il n'y a pas, ce semble, d'esprit ni d'ordre dans ce que j'écris, je l'avoue, mais c'est que j'ai si grande envie de vous posséder, qu'à l'exemple de Salomon je vous cherche de tous côtés en tournant sans méthode. Si je tâche de vous faire connaître en ce monde, c'est parce que vous-même avez promis que tous ceux qui vous éclaireraient et découvriraient en auraient la vie éternelle. Agréez donc, mon aimable princesse, mes petits bégaiements comme des discours relevés, recevez les traits de ma plume comme autant de pas que je fais pour vous trouver; et donnez du haut de votre trône, tant de bénédictions et de lumières à ce que je veux faire et dire de vous, que tous ceux qui l'entendront soient enflammés d'un nouveau désir de vous aimer et de vous posséder dans le temps et dans l'éternité.
2- Avis que la Divine Sagesse
donne aux princes et aux grands du monde
dans le sixième chapitre du "Livre de la Sagesse".
[3] 1 La Sagesse est plus estimable que la force, et l'homme prudent vaut mieux que le courageux.
2 Vous donc, o rois, écoutez et comprenez; recevez l'instruction, juges de toute la terre.
3 Prêtez l'oreille, Vous qui gouvernez les peuples et qui vous glorifiez de voir sous vous un grand nombre de nations.
4 Considérez que vous avez reçu cette puissance du Seigneur et cette domination du Très Haut, qui interrogera vos oeuvres et qui sondera le fond de vos pensées.
5 Parce qu'étant les ministres de son Royaume, vous n'avez pas jugé équitablement, que vous n'avez point gardé la loi de la justice et que vous n'avez point marché selon la volonté de Dieu.
6 Il se fera voir à vous d'une manière effroyable et dans peu de temps, parce que ceux qui commandent les autres seront jugés avec une extrême rigueur.
7 Car on a plus de compassion pour les petits et on leur pardonne plus aisément; mais les puissants seront tourmentés puissamment.
8 Dieu n'exceptera personne; il ne réfutera la grandeur de qui que ce soit; parce qu'il a fait les grands comme les petits et qu'il a également soin de tous.
9. Mais les plus [grands] sont menacés des plus grands supplices.
10. C'est donc d vous, o rois, que j'adresse ces discours, afin que vous appreniez la Sagesse et que vous ne tombiez pas.
11. Car ceux qui auront fait justement les actions de justice seront traités comme justes, et ceux qui auront appris ce que j'enseigne trouveront de quoi se défendre.
12. Ayez donc un désir ardent pour mes paroles aimez-les, et vous y trouverez votre instruction.
[4] 13. La Sagesse est pleine de lumière et sa beauté ne se flétrit point. Ceux qui l'aiment la découvrent aisément et ceux qui la cherchent la trouvent.
14. Elle prévient ceux qui la désirent et elle se montre à eux la première.
15. Celui qui veille dès le matin pour la posséder n'aura pas de peine, parce qu'il la trouvera assise sa porte.
16. Ainsi occuper sa pensée de la Sagesse est la parfaite prudence, et celui qui veillera pour l'acquérir sera bientôt en repos.
17. Car elle tourne elle-même de tous cotés pour chercher ceux qui sont dignes d'elle; elle se montre à eux agréablement dans ses voies, et elle va au-devant d'eux avec tout le soin de sa providence.
18. Le commencement donc de la Sagesse est le désir sincère de l'instruction; le désir de l'instruction est l'amour; l'amour est l'observation des lois.
19. L'attention à observer ses lois est l'affermissement de la parfaite pureté de l'âme.
20. Et cette parfaite pureté fait que l'homme est proche de Dieu.
21. C'est ainsi que le désir de la Sagesse conduit au royaume éternel.
22. Si donc vous avez de la complaisance pour les trônes et les sceptres, o rois des peuples, aimez la Sagesse, afin que vous régniez éternellement.
23. Aimez la lumière de la Sagesse, vous tous qui commandez les peuples du monde.
24. Je représenterai maintenant ce que c'est que la Sagesse et quelle a été son origine; je ne vous cacherai point les secrets de Dieu, mais je remonterai jusqu'au commencement de sa naissance; je la produirai au jour et la ferai connaître, et je ne cacherai point la vérité.
25. Je n'imiterai point celui qui est desséché d'envie, parce que l'envieux n'aura point de part à la Sagesse.
26. Or la multitude de ses sages est le salut du monde, et le roi prudent est le soutien de son peuple.
27. Recevez donc l'instruction par mes paroles, et elle vous sera avantageuse.
3. REMARQUES DE L'AUTEUR
[5] Je n'ai pas voulu, mon cher lecteur, mêler la faiblesse de mon langage avec l'autorité des paroles du Saint-Esprit dans ce chapitre. Mais qu'il me soit permis de remarquer avec vous:
1°. Combien la Sagesse Éternelle est de soi-même douce, facile et engageante, quoiqu'elle soit si brillante, si excellente et si sublime! Elle appelle les hommes pour leur apprendre les moyens d'être heureux elle les cherche; elle leur sourit; elle les comble de mille bienfaits; elle les prévient en mille manières différentes, jusqu'à s'asseoir à la porte de leur maison, pour les attendre et leur donner des marques de son amitié. Peut-on avoir un coeur, et le refuser à cette douce conquérante ?
[6] 2°. Quel est le malheur des grands et des riches, s'ils n'aiment pas la Sagesse! Que les paroles qu'elle leur adresse sont effrayantes ! Elles sont inexplicables en notre langue: Horrende et cito apparebit vobis... Judicium durissimum his qui praesunt fiet... Potentes... potenter tormenta patientur. Fortioribus... fortior instat cruciatio..
Ajoutons à ces paroles quelques-unes de celles qu'elle leur a dites ou fait dire depuis son Incarnation: Vae vobis, divitibus. Facilius est camelum per foramen acus transire quam divitem intrare in regnum caelorum. Matt. 19, Marc, Luc 18:
Ces dernières paroles ont été tant de fois répétées par la divine Sagesse, lorsqu'elle vivait sur la terre, que trois évangélistes les ont rapportées de la manière, sans y rien changer; ce qui devait faire fondre en larmes, crier et hurler les riches: Agite nunc, divites, plorate ululantes in miseriis quae advenient vobis! Jac 5.
Mais, hélas! ils ont ici-bas leur consolation; ils sont comme ensorcelés par leurs plaisirs et par leurs richesses, et ils ne voient pas les malheurs qui leur pendent sur la tête.
[7] 3°. Salomon donne sa parole qu'il fera une description fidèle et exacte de la Sagesse, et que ni l'envie ni l'orgueil, qui sont contraires à la charité, ne l'empêcheront pas de communiquer une science qui lui a été donnée du ciel, en sorte qu'il ne craint point que les autres ou l'égalent ou le surpassent en connaissance.
C'est à l'exemple de ce grand homme que je vais expliquer simplement ce que c'est que la Sagesse avant son incarnation, dans son incarnation, et après son incarnation, et les moyens de l'obtenir et de la conserver.
Mais n'ayant pas l'abondance des connaissances et des lumières qu'il avait, je n'ai pas tant à craindre l'envie et l'orgueil que mon insuffisance et mon ignorance, que je vous prie de supporter et d'excuser par votre charité.
CHAPITRE I
Pour aimer et rechercher la divine Sagesse
il est nécessaire de la connaître.
1- Nécessité de la connaissance de la divine Sagesse
[8] Peut-on aimer ce qu'on ne connaît pas? Peut-on aimer ardemment ce qu'on ne connaît qu'imparfaitement?
Pourquoi est-ce qu'on aime si peu la Sagesse éternelle et incarnée, l'adorable Jésus, sinon parce qu'on ne la connaît pas, ou très peu?
Il n'y a presque personne qui étudie comme il faut, avec l'Apôtre, cette science suréminente de Jésus, qui est cependant la plus noble, la plus douce, la plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances du ciel et de la terre.
[9] [1°] C'est premièrement la plus noble de toutes les sciences, parce qu'elle a pour objet ce qu'il y a de plus noble et de plus sublime, la Sagesse incréée et incarnée, qui renferme en soi toute la plénitude de la divinité et de l'humanité, tout ce qu'il y a de grand au ciel et sur la terre, toutes les créatures visibles et invisibles, spirituelles et corporelles.
Saint Jean Chrysostome dit que Notre Seigneur est un sommaire des oeuvres de Dieu, un tableau raccourci de toutes ses perfections et de toutes celles qui sont dans les créatures.
Omnia quae velle potes aut debes est Dominus Jesus Christus. Desidera hunc, require hunc, quia haec est una et pretiosa margarita pro qua emenda etiam vendenda sunt omnia quae tua sunt: Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, est tout ce que vous pouvez et devez désirer. Désirez-le, cherchez-le, parce qu'il est cette unique et précieuse perle pour l'achat de laquelle vous ne devez pas faire difficulté de vendre tout ce que vous avez. In hoc glorietur qui gloriatur, scire et nosse me.
St. Hironi 9°: Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de ses richesses; mais que celui qui se glorifie tire sa gloire de ce qu'il me connaît , et non de ce qu'il connaît autre chose.
[10] 2°. Il n'y a rien de si doux que la connaissance de la divine Sagesse: Bienheureux ceux qui l'écoutent; plus heureux ceux qui la désirent et la recherchent; mais plus heureux ceux qui gardent ses voies, goûtent en leur coeur cette douceur infinie qui est la joie et la félicité du Père éternel et la gloire des anges.
Si on savait quel est le plaisir que goûte une âme qui connaît la beauté de la Sagesse, qui suce le lait de cette mamelle du Père, mamilla Patris, [on] s'écrierait avec l'Épouse: "Meliora sunt ubera tua vino: le lait de vos mamelles est plus doux que le vin délicieux et que toutes les douceurs des créatures"; particulièrement lorsqu'elle fait entendre aux âmes qui la contemplent ces paroles: "Gustate et videte: goûtez et voyez. Comedite... et bibite: mangez et buvez; et inebriamini, et enivrez-vous de mes douceurs éternelles; car mon entretien n'a rien de désagréable, ni ma compagnie d'ennuyeux, mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie: non enim habet amaritudinem conversatio illius, nec taedium convictus illius, sed laetitiam et gaudium".
[11] 3° Cette connaissance de la Sagesse éternelle n'est pas seulement la plus noble et la plus douce, mais encore la plus utile et la plus nécessaire, parce que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ.
"Vous connaître, s'écrie le Sage, parlant à la Sagesse, est la parfaite justice; et comprendre votre équité et votre puissance est la racine de l'immortalité." Voulons-nous, en vérité, avoir la vie éternelle, ayons donc la connaissance de la Sagesse éternelle.
Voulons-nous avoir la perfection de la sainteté en ce monde, connaissons la Sagesse.
Voulons-nous avoir en notre coeur la racine de l'immortalité, ayons en notre esprit la connaissance de la Sagesse: Savoir Jésus-Christ la Sagesse incarnée, c'est assez savoir; savoir tout et ne le pas savoir, c'est ne rien savoir.
[12] Que sert-il à un tireur de flèches de savoir tirer dans les côtés du blanc où il vise, s'il ne sait pas tirer droit dedans? De quoi nous serviront toutes les autres sciences nécessaires au salut si nous ne savons celle de Jésus-Christ, qui est l'unique nécessaire et le centre où toutes doivent aboutir? Quoique le grand Apôtre sût tant de choses et qu'il fût si versé dans les lettres humaines, il disait pourtant qu'il ne croyait savoir que Jésus-Christ crucifié: Non judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum, et hunc crucifixum, 1 Corint 2. Disons donc avec lui: "Quae mihi fuerunt lucra, haec arbitratus sum propter Christum detrimenta. Verum tamen [existimo] omnia detrimentum esse, propter eminentem scientiam Jesu Christi, Domini mei": Je méprise toutes ces connaissances desquelles j'ai jusques ici fait état, en comparaison de celle de Jésus-Christ, mon Seigneur." Je vois maintenant et j'expérimente que cette science est si excellente, si délicieuse, si profitable et si admirable, que je ne tiens aucun compte de toutes les autres, qui autrefois m'avaient tant plu; et elles me semblent à présent si vides et si ridicules, que c'est perdre son temps que de s'y amuser. "Hoc autem dico ut nemo vos decipiat in sublimiate sermonum. Videte ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem fallaciam: Je vous dis que Jésus Christ est l'abîme de toute la science, afin que vous ne vous laissiez point tromper aux belles et magnifiques paroles des orateurs ni aux subtilités si trompeuses des philosophes. Crescite in gratia et in cognitione Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi." Or, afin que nous croissions tous dans la grâce et la connaissance de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, nous en parlerons dans les chapitres suivants, après que nous aurons distingué plusieurs sortes de sagesse.
2- Définition et division du sujet
[13] La sagesse, en général, prise selon la signification de son nom, est une science savoureuse, sapida scientia, ou le goût de Dieu et de sa vérité.
Il y a plusieurs sortes de sagesses.
Premièrement, elles se distinguent en véritable et fausse sagesse: la véritable est le goût de la vérité sans mensonge ni déguisement; la fausse est le goût du mensonge, couvert de l'apparence de la vérité.
Cette fausse sagesse est la sagesse ou prudence mondaine que le Saint-Esprit distingue en trois:
Sapientia terrena, animalis, diabolica: la sagesse terrestre, animale et diabolique.
La vraie sagesse se distingue en sagesse naturelle et surnaturelle.
La sagesse naturelle est la connaissance des choses naturelles d'une manière éminente dans leurs principes. La sagesse surnaturelle est la connaissance des choses surnaturelles et divines dans leur origine.
Cette sagesse surnaturelle se divise en sagesse substantielle et incréée, et en sagesse accidentelle et créée. La sagesse accidentelle et créée est la communication que fait d'elle-même aux hommes la Sagesse incréée, autrement c'est le don de la sagesse. La Sagesse substantielle et incréée est le Fils de Dieu, la seconde Personne de la très Sainte Trinité, autrement la Sagesse éternelle dans l'éternité, ou Jésus-Christ dans le temps.
C'est proprement de cette Sagesse éternelle dont nous allons parler.
[14] Dès son origine, nous la contemplerons dans l'éternité, résidente dans le sein de son Père, comme l'objet de ses complaisances.
Nous la verrons dans le temps, brillante dans la création de l'univers.
Nous la regarderons ensuite tout humiliée dans son incarnation et dans sa vie mortelle, et puis nous la trouverons glorieuse et triomphante dans les cieux. Enfin nous verrons quels sont les moyens dont il faut se servir pour l'acquérir et la conserver.
Je laisse donc aux philosophes les arguments de leur philosophie comme inutiles; je laisse aux chimistes les secrets de leur sagesse mondaine. Sapientiam loquimur inter perfectos: Parlons donc de la vraie Sagesse, de la Sagesse éternelle, incréée et incarnée, aux âmes parfaites et prédestinées.
CHAPITRE II
L'origine et l'excellence
de la Sagesse éternelle
[15] C'est ici qu'il faut s'écrier avec saint Paul: «O altitudo... Sapientiae... Dei!: O profondeur, ô immensité, ô incompréhensibilité de la Sagesse de Dieu!» «Generationem ejus quis enarrabit? Qui sera l'ange assez éclairé et l'homme assez téméraire pour entreprendre de nous expliquer comme il faut son origine?»
C'est ici qu'il faut que tous les yeux se ferment, de peur d'être éblouis d'une si vive, si brillante lumière.
C'est ici qu'il faut que toute langue se taise, de peur de ternir une beauté si parfaite en voulant la découvrir.
C'est ici qu'il faut que tout esprit s'anéantisse et adore, de peur d'être opprimé par le poids immense de la gloire de la divine Sagesse, en voulant la sonder.
1- La Sagesse par rapport au Père
[16] Voici cependant l'idée que le Saint-Esprit, pour se conformer à notre faiblesse, nous en donne dans le livre de la Sagesse qu'il n'a composé que pour nous:
«La Sagesse éternelle est la vapeur de Dieu, la vertu de Dieu et l'effusion toute pure de la clarté du Tout Puissant. C'est pourquoi elle ne peut être susceptible de la moindre impureté. Elle est l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté.»
[17] C'est l'idée substantielle et éternelle de la divine beauté qui fut montrée à saint Jean l'évangéliste dans l'admirable ravissement qui lui arriva dans l'île de Patmos, lorsqu'il s'écria: «In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum: Au commencement était le Verbe, --ou le Fils de Dieu, ou la Sagesse éternelle,--et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.»
[18] C'est d'elle qu'il est dit, dans plusieurs endroits des livres de Salomon, que la Sagesse a été créée, c'est-à-dire produite, dès le commencement, avant toutes choses et avant tous les siècles.
Elle dit d'elle-même: «J'ai été établie dès l'éternité, et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient pas encore lorsque j'étais déjà conçue.»
[19] C'est en cette beauté souveraine de la Sagesse que Dieu le Père a pris ses complaisances dans l'éternité et dans le temps, comme ce grand Dieu assura lui-même expressément, le jour de son baptême et de sa transfiguration: «Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui, Matt 17: Voilà mon Fils bien-aimé dans lequel je prends uniquement mes complaisances.»
C'est cette lumineuse et incompréhensible clarté dont les Apôtres virent quelque peu des rayons de sa transfiguration, qui les pénétrèrent de douceur et les jetèrent dans l'extase:
Illustre quiddam [cernimus]
Sublime, celsum, interminum,
Antiquius caelo et chao:
Cette Sagesse éternelle est quelque chose d'illustre, d'élevé, d'immense, d'infini et de plus ancien que l'univers.
Si je n'ai point de paroles pour expliquer la seule petite idée que je me suis formée de cette beauté et de cette douceur souveraine, quoique mon idée soit infiniment au-dessous de son excellence, qui est-ce qui pourra avoir une juste idée et l'expliquer comme il faut? Il n'y a que vous, grand Dieu, qui connaissiez ce que c'est, ni qui puissiez le révéler à qui vous voulez.
2- Les opérations de la Sagesse dans les âmes
[20] Voici comme la Sagesse même déclare ce qu'elle est, par rapport à ses effets et ses opérations dans les âmes. Je ne mêlerai point mes petites paroles avec les siennes, de peur d'en diminuer l'éclat et la sublimité: c'est dans le chapitre 24 de l'Ecclésiastique.
I. "La Sagesse se louera d'elle-même; elle s'honorera dans le Seigneur et elle se glorifiera au milieu de son peuple.
2. Elle ouvrira sa bouche dans les assemblées du Très Haut et elle se glorifiera dans les armées du Seigneur.
3. Elle sera élevée au milieu de son peuple et elle sera admirée dans l'assemblée de tous les saints.
4. Elle recevra des louanges parmi la multitude des élus et elle sera bénie de ceux qui seront bénis de Dieu. Elle dira:
[21] 5. Je suis sortie de la bouche du Très Haut; je suis née avant toutes les créatures.
6. C'est moi qui ai fait naître dans le ciel une lumière qui ne s'éteindra jamais et qui ai couvert toute la terre comme d'un nuage.
7. J'ai habité dans les lieux très hauts, et mon trône est dans une colonne de nuée.
8. J'ai fait seule tout le tour du ciel; j'ai pénétré la profondeur des abîmes; j'ai marché sur les flots de la mer.
9. Et j'ai parcouru toute la terre.
[22] 10. J'ai eu l'empire sur tous les peuples et sur toutes les nations.
11. J'ai foulé par ma puissance aux pieds les coeurs de tous les hommes, grands et petits; et, parmi toutes ces choses, j'ai cherché un lieu de repos et une demeure dans l'héritage du Seigneur.
[23] 12. Alors le Créateur de l'univers m'a donné ses ordres et m'a parlé: Celui qui m'a créée a reposé dans mon tabernacle.
13. Et il m'a dit: Habitez dans Jacob, qu'Israël soit votre héritage et prenez racine dans mes élus.
[24] 14. J'ai été créée dès le commencement et avant les siècles, je ne cesserai point d'être dans la suite de tous les âges, et j'ai exercé, en sa présence, mon ministère dans la maison sainte.
15. J'ai été affermie en Sion, j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance s'est établie dans Jérusalem.
[25] 16. J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré, dont l'héritage est le partage de mon Dieu, et j'ai établi ma demeure dans l'assemblée de tous les saints.
17. Je me suis élevée comme les cèdres du Liban et comme le cyprès de la montagne de Sion.
18. J'ai poussé mes branches en haut comme les palmiers de la montagne de Cadès et comme les plants des rosiers de Jéricho.
19. Je me suis élevée comme un bel olivier dans la campagne et comme le plane qui est planté dans un grand chemin, sur le bord des eaux.
20. J'ai répandu une senteur de parfum comme la cannelle et le baume le plus précieux, et une odeur comme celle de la myrrhe la plus excellente.
21. J'ai parfumé ma demeure comme le storax le galbanum, la boite de parfum, I'onyx, la myrrhe, comme la goutte d'encens tombée d'elle-même: et mon odeur est comme celle d'un baume très pur et sans mélange.
22. J'ai étendu mes branches comme un térébinthe, et mes branches sont des branches d'honneur et de garce.
23. J'ai poussé des fleurs d'une agréable odeur comme la vigne, et mes fleurs sont des fruits de gloire et d'abondance.
[26] 24. Je suis la mère du pur amour, de la crainte, de la science et de l'espérance sainte.
25. En moi est toute la grâce de la voie et de la vérité; en moi est toute l'espérance de la vie et de la vertu.
[27] 26. Venez à moi, vous qui me désirez avec ardeur, et remplissez-vous des fruits que je porte.
27. Car mon esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en douceur le miel le plus excellent.
28. La mémoire de mon nom passera dans la suite de tous les siècles.
[28] 29. Ceux qui me mangent auront encore faim et ceux qui me boivent auront encore soif.
30. Celui qui m'écoute ne sera point confondu, et ceux qui agissent en moi ne pécheront point.
31. Ceux qui m'éclaircissent auront la vie éternelle.
32. Tout ceci est le livre de vie, l'alliance du Très Haut et la connaissance de la vérité."
[29] Tous ces arbres et toutes ces plantes auxquels la Sagesse se compare, qui ont des fruits et des qualités si différentes, marquent cette grande variété d'états, de fonctions et de vertus des âmes qui paraissent des cèdres, par l'élévation de leur coeur vers le ciel; ou des cyprès, par la méditation continuelle de la mort; ou des palmiers, par l'humble souffrance de leurs travaux; ou des rosiers, par le martyre et l'effusion de leur sang; ou des planes sur le bord des eaux, ou des térébinthes qui portent leurs branches bien loin, par l'étendue de leur charité pour leurs frères; et toutes les autres plantes odoriférantes, comme le baume, la myrrhe et les autres, qui sont moins exposées en vue, marquent toutes les âmes retirées qui souhaitent d'être plus connues de Dieu que des hommes.
[30] Après que la Sagesse s'est représentée comme la mère et la source de tous les biens, elle exhorte tous les hommes à quitter tout pour la désirer uniquement, parce qu'elle ne se donne, dit saint Augustin, qu'à ceux qui la désirent et la recherchent avec autant d'ardeur qu'une si grande chose mérite d'être recherchée.
La divine Sagesse marque, dans les paroles des 30e et 31e versets, trois degrés dans la piété, dont le dernier en est la perfection:
1° Écouter Dieu avec une humble soumission;
2° Agir en lui et par lui avec une fidélité persévérante;
3° Enfin, acquérir la lumière et l'onction nécessaires pour inspirer aux autres l'amour de la Sagesse, pour les conduire à la vie éternelle.
CHAPITRE III
Merveilles de la puissance
de la divine Sagesse dans la création
du monde et de l'homme
1- Dans la création du monde
[31] La Sagesse éternelle a commencé à éclater hors du sein de Dieu, lorsqu'après une éternité entière, elle fait la lumière, le ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le Verbe, c'est-à-dire la Sagesse éternelle: Omnia per ipsum facta sunt.
Salomon dit qu'elle est la mère et l'ouvrière de toutes choses: Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia. Remarquez qu'il ne l'appelle pas seulement l'ouvrière de l'univers, mais la mère, parce que l'ouvrier n'aime pas et n'entretient pas son ouvrage comme une mère fait son enfant.
[32] La Sagesse éternelle, ayant tout créé, demeure en toutes choses pour les contenir, soutenir et renouveler: omnia continet, omnia innovat. C'est cette beauté souverainement droite qui, après avoir créé le monde, y a mis le bel ordre qui y est. Elle a séparé, elle a composé, elle a pesé, elle a ajouté, elle a compté tout ce qui y est.
Elle a étendu les cieux; elle a placé le soleil, la lune et les étoiles et les planètes avec ordre; elle a posé les fondements de la terre; elle a donné des bornes et des lois à la mer et aux abîmes; elle a formé les montagnes; elle a tout pesé et balancé jusqu'aux fontaines. Enfin, dit-elle, j'étais avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si parfaite tout à la fois et une variété si agréable, que c'était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et divertir mon Père: Cum eo eram cuncta componens; et delectabar per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in orbe terrarum.
[33] Ce jeu ineffable de la divine Sagesse se voit, en effet, dans les différentes créatures qu'elle a faites dans l'univers. Car, sans parler des différentes espèces d'anges, qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre; sans parler des différentes grandeurs des étoiles, ni des différents tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété d'instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs, quels différents goûts dans les fruits! Quis sapiens, et intelliget haec: Qui est celui à qui la Sagesse s'est communiquée? Et celui-là seul aura l'intelligence de ces mystères de la nature.
[34] La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons dans leurs vies; et ils ont été quelquefois si surpris de voir la beauté, la douceur et l'ordre de la divine Sagesse dans les plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de blé, une fleur, un petit ver de terre, qu'ils en tombaient dans l'extase et le ravissement.
2- Dans la création de l'homme
[35] Si la puissance et la douceur de la Sagesse éternelle a tant éclaté dans la création, la beauté et l'ordre de l'univers, elle a brillé bien davantage dans la création de l'homme, puisque c'est son admirable chef d'oeuvre, l'image vivante de sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son vicaire unique sur la terre: Sapientia tua fecisti hominem, ut dominaretur omni creaturae quae a te facta est. Sap 9.
[36] Il faudrait ici, à la gloire de cette belle et puissante ouvrière, expliquer la beauté et l'excellence originelle que l'homme reçut d'elle lorsqu'elle le créa; mais le péché infini qu'il a commis, dont les ténèbres et les souillures ont rejailli jusque sur moi, misérable enfant d'Ève, m'ont tellement obscurci l'entendement que je ne puis que très imparfaitement en parler.
[37] Elle fit, pour ainsi dire, des copies et expressions brillantes de son entendement, de sa mémoire et de sa volonté et les donna à l'âme de l'homme pour être le portrait vivant de la Divinité; elle alluma dans son coeur un incendie de pur amour pour Dieu, elle lui forma un corps tout lumineux, et elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les perfections différentes des anges, des bêtes et autres créatures.
[38] Tout dans l'homme était lumineux sans ténèbres, beau sans laideur, pur sans souillures, réglé sans désordre et sans aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière de la Sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait parfaitement son Créateur et ses créatures. Il avait la grâce de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et agréable aux yeux du Très Haut. Il avait dans son corps l'immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son coeur, sans crainte de la mort, par lequel il l'aimait continuellement, sans relâche, et purement, pour l'amour de lui même. Enfin il était si divin, qu'il était continuellement hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu'il eût aucune passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre.
O libéralité de la Sagesse éternelle envers l'homme! O heureux état de l'homme dans son innocence!
[39] Mais, malheur des malheurs! Voilà ce vaisseau tout divin qui se brise en mille morceaux, voilà cette belle étoile qui tombe; voilà ce beau soleil qui est cou vert de boue; voilà l'homme qui pèche, et qui, en péchant, perd sa sagesse, son innocence, sa beauté, son immortalité. Et enfin il perd tous les biens qu'il avait reçus, et est assailli d'une infinité de maux. Il a l'esprit tout hébété et ténébreux: il ne voit plus rien.
Il a le coeur tout glacé pour Dieu: il ne l'aime plus. Il a l'âme toute noire de péchés: elle ressemble au démon. Il a des passions toutes déréglées: il n'en est plus le maître. Il n'a que la compagnie des démons, il en est devenu la demeure et l'esclave. Il est attaqué des créatures: elles lui font la guerre.
Voilà l'homme en un instant devenu l'esclave des démons, l'objet de la colère de Dieu et la victime des enfers!
Il se paraît à lui-même si hideux que de honte il va se cacher. Il est maudit et condamné à la mort; il est chassé du paradis terrestre et il n'en a plus dans les cieux. Il doit mener, sans aucune espérance d'être heureux une vie malheureuse sur la terre maudite. Il y doit mourir en criminel, et, après sa mort, être comme le diable, à jamais damné dans son corps et dans son âme, lui et tous ses enfants.
Tel est le malheur épouvantable où l'homme, en péchant, tomba; tel est l'arrêt équitable que la justice de Dieu prononça contre lui.
[40] Adam, en cet état, est comme désespéré; il ne peut recevoir de remède ni des anges ni des autres créatures. Rien n'est capable de le réparer parce qu'il était trop beau et trop bien fait en sa création, et qu'il est, par son péché, trop hideux et trop souillé. Il se voit chassé du paradis et de la présence de Dieu. Il voit la justice de Dieu qui le poursuit avec toute sa postérité; il voit le ciel fermé et l'enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l'un et fermer l'autre.
CHAPITRE IV
Merveilles de la bonté
et miséricorde de la Sagesse éternelle
avant son incarnation
[41] La Sagesse éternelle est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d'honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d'oeuvre détruit, son vicaire sur la terre renversé. Elle prête tendrement l'oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son coeur et l'affliction de son âme.
1- Le décret de l'Incarnation
[42] Il me semble voir cette aimable Souveraine appeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité pour réparer l'homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, il se fait une espèce de combat entre la Sagesse éternelle et la Justice de Dieu.
[43] Il me semble que j'entends cette Sagesse qui, dans la cause de l'homme, dit qu'à la vérité l'homme mérite, par son péché, avec sa postérité, d'être à jamais damné avec les anges rebelles; mais qu'il faut avoir pitié de lui, parce qu'il a plus péché par faiblesse et par ignorance que par malice. Elle représente, d'un côté, que c'est un grand dommage qu'un chef-d'oeuvre si accompli demeure pour jamais l'esclave de son ennemi, et que des millions de millions d'hommes soient à jamais perdus par le péché d'un seul. Elle montre, de l'autre, les places du ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu'il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l'éternité si l'homme est sauvé.
[44] Il me semble que j'entends la Justice qui répond que l'arrêt de mort et de damnation éternelle est porté contre l'homme et ses descendants, et qu'il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde, ainsi que contre Lucifer et ses adhérents; que l'homme est un ingrat pour les bienfaits qu'il a reçus; qu'il a suivi le démon en sa désobéissance et en son orgueil, et qu'il le doit suivre dans ses châtiments, parce qu'il faut nécessairement que le péché soit puni.
[45] La Sagesse éternelle, voyant qu'il n'y avait rien dans l'univers qui fût capable d'expier le péché de l'homme, de payer la justice et d'apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver le pauvre homme qu'elle aimait d'inclination, trouve un moyen admirable.
Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu'à l'excès, cette aimable et souveraine Princesse s'offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l'esclavage du démon et des flammes de l'enfer et nous mériter une éternité de bonheur.
[46] Son offre est acceptée; le conseil en est pris et arrêté: la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées. Pendant environ quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la création du monde et le péché d'Adam jusqu'à l'incarnation de la divine Sagesse, Adam et ses descendants sont morts selon la loi de Dieu portée [contre eux]; mais, en vue de l'incarnation du Fils de Dieu, ils ont reçu des grâces pour obéir à ses commandements et pour faire une digne pénitence après les avoir transgressés; et, s'ils sont morts dans la grâce et l'amitié de Dieu, leurs âmes sont descendues aux limbes en attendant leur Sauveur et Libérateur pour leur ouvrir la porte du ciel.
2- Pendant le temps avant l'Incarnation
[47] La Sagesse éternelle, pendant tout le temps qui s'est passé avant son incarnation, a témoigné aux hommes, en mille manières, l'amitié qu'elle leur portait, et le grand désir qu'elle avait de leur communiquer ses faveurs et de s'entretenir avec eux: «Mes délices, a-t-elle dit, sont d'être avec les enfants des hommes. Deliciae meae esse cum filiis hominum.» Elle a tourné elle-même de tous côtés pour chercher ceux qui étaient dignes d'elle: quoniam dignos seipsa circuit quaerens, c'est-à-dire des personnes dignes de son amitié, dignes de ses trésors, dignes de sa propre personne. Elle s'est répandue parmi les nations différentes, dans les âmes saintes, pour y former des amis de Dieu et des prophètes; et c'est elle seule qui a formé tous les saints patriarches, les amis de Dieu, les prophètes et les saints de l'Ancien et du Nouveau Testament: Et per nationes in animas sanctas se transfert, amicos Dei et prophetas constituit, Sap, 7.
C'est cette Sagesse éternelle qui a inspiré les hommes de Dieu, et qui a parlé par la bouche des prophètes, et elle les a dirigés dans leurs voies, éclairés dans leurs doutes, soutenus dans leurs faiblesses et délivrés de tous maux
[48] Voici comme le Saint-Esprit l'a raconté lui même, dans le 10e chapitre de la Sagesse en ces termes:
[1] «C'est la Sagesse qui conserva celui que Dieu avait formé le premier pour être le père des hommes, ayant d'abord été créé seul, c'est-à-dire Adam.
[2] C'est elle aussi qui le tira de son péché, et qui lui donna la force de renfermer et de gouverner toutes choses.
[3] Lorsque l'injuste, Caïn, se sépara d'elle dans sa colère, il périt malheureusement par la fureur, qui le rendit le meurtrier de son frère.
4. Et lorsque le déluge inonda la terre à cause de lui, la Sagesse sauva encore le monde, ayant gouverné le juste, Noé, par un bois qui paraissait méprisable.
5. Et lorsque les nations conspirèrent ensemble pour s'abandonner au mal, c'est elle qui connut le juste, Abraham, qui le conserva irrépréhensible devant Dieu et qui lui donna la force de vaincre la tendresse qu'il ressentait pour [son fils Isaac].
6. C'est elle qui délivra le juste, Loth, lorsqu'il fuyait du milieu des méchants qui périrent par le feu tombé sur les cinq villes.
7. Dont la corruption est marquée par cette terre qui en fume encore, et qui est demeurée toute déserte, où les arbres portent des fruits qui ne mûrissent point et où l'on voit une statue de sel qui est le monument d'une âme incrédule.
8. Car ceux qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la sagesse non seulement sont tombés dans l'ignorance du bien, mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leurs folies sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées.
[49] 9. Mais la Sagesse a délivré de tous maux ceux qui ont eu soin de la révérer. 10. C'est elle qui a conduit par des voies droites le juste, Jacob, lorsqu'il fuyait la colère d'Ésaü, son frère; qui lui a fait voir le royaume de Dieu, qui lui a donné la science des saints; qui l'a enrichi dans ses travaux et qui lui en a fait recueillir le fruit.
11. C'est elle qui l'a aidé contre ceux qui voulaient la surprendre par leurs tromperies et qui l'a fait devenir riche.
12. Elle l'a protégé contre ses ennemis, elle l'a défendu des séducteurs et elle l'a engagé dans un rude combat, afin qu'il demeurât victorieux, et qu'il sut que la Sagesse est plus puissante que toute chose.
13. C'est elle qui n'a point abandonné Joseph le juste lorsqu'il fut vendu; mais elle l'a délivré des mains des pécheurs; elle est descendue avec lui dans la fosse.
14. Et elle ne l'a point quitté dans ses chaînes, jusqu'à ce qu'elle lui ait mis entre les mains le sceptre royal, et qu'elle l'a[t] rendu maître de ceux qui l'avaient traité si injustement. Elle a convaincu de mensonge ceux qui l'avaient déshonoré et elle lui a donné un nom éternel.
15. C'est elle qui a délivré le peuple juste, les Hébreux et la race irrépréhensible de la nation qui l'opprimait.
16. Elle est entrée dans l'âme du serviteur de Dieu, Moïse, et elle s'est élevée avec des signes et des prodiges contre les rois redoutables.
17. Elle a rendu aux justes la récompense de leurs travaux, elle les a conduits par une admirable voie, et elle leur a servi d'un couvert pendant le jour et de la lumière des étoiles pendant la nuit.
18. Elle les a conduits par la mer Rouge et elle les a fait passer au travers des eaux profondes.
19. Elle a enseveli leurs ennemis dans la mer et elle a retiré les siens du fond de l'abîme. Ainsi les justes ont remporté les dépouilles des méchants.
20. Ils ont honoré par leurs cantiques, o Seigneur, votre saint nom, et ils ont loué tous ensemble votre main victorieuse.
21. Parce que la Sagesse a ouvert la bouche des muets et qu'elle a rendu éloquentes les langues des enfants.»
[50] Dans le chapitre suivant de la Sagesse, le Saint-Esprit marque les différents maux dont la Sagesse a délivré Moïse et les Israélites, pendant qu'ils étaient dans les déserts. A quoi l'on peut ajouter que tous ceux qui ont été délivrés des grands dangers dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, comme Daniel dans la fosse aux lions, Suzanne du crime faux dont on l'accusait, les trois enfants de la fournaise de Babylone..., saint Pierre de la prison, saint Jean de la chaudière d'huile bouillante, et une infinité de martyrs et de confesseurs des tourments qu'on faisait souffrir à leur corps et des calomnies dont on noircissait leur réputation, on peut ajouter, dis-je, qu'ils ont tous été délivrés et guéris par la Sagesse éternelle: Nam per Sapientiam sanati sunt quicumque placuerunt tibi, Domine, a principio.
Conclusion
[51] Écrions-nous donc: «Heureuse mille fois une âme dans qui la Sagesse est entrée pour y faire sa demeure. Quelques combats qu'on lui livre, elle demeurera victorieuse; de quelques dangers qu'elle soit menacée, elle en sera délivrée; de quelques tristesses qu'elle soit accablée, elle sera réjouie et consolée; et en quelques humiliations qu'elle soit tombée, elle en sera relevée et glorifiée dans le temps et dans l'éternité.»
CHAPITRE V
L'excellence merveilleuse
de la Sagesse éternelle.
[52] Le Saint-Esprit ayant pris la peine de nous montrer l'excellence de la Sagesse, dans le 8e chapitre du livre de la Sagesse, en des termes si sublimes et si intelligibles, il ne faut que les rapporter ici avec quelques petites réflexions.
[53] 1. La Sagesse atteint avec force depuis une extrémité jusqu'à l'autre, et elle dispose tout avec douceur.
Rien n'est si doux que la Sagesse. Elle est douce en elle-même, sans amertume; douce à ceux qui l'aiment, sans leur laisser aucun dégoût; douce dans sa conduite, sans faire aucune violence. Vous direz souvent qu'elle n'est point dans les accidents et renversements qui arrivent, tant elle est secrète et douce; mais, comme elle a une force invincible, elle fait tout insensiblement et fortement venir à sa fin par des voies inconnues aux hommes. Il faut que le sage soit, à son exemple: "suaviter fortis et fortiter suavis: doucement fort et fortement doux."
[54] 2. Je l'ai aimée, je l'ai recherchée dès ma jeunesse, j'ai taché de l'avoir pour épouse.
Quiconque veut acquérir le grand trésor de la Sagesse doit, à l'exemple de Salomon, la rechercher: 1° de bonne heure, et même dès le bas âge, si cela se peut; 2° spirituellement et purement, comme un chaste époux son épouse; 3° constamment, jusqu'à la fin, jusques à ce qu'on l'ait obtenue. Il est sûr que la Sagesse éternelle a tant d'amour pour les âmes, qu'elle va jusqu'à les épouser et contracter avec elles un spirituel mais véritable mariage que le monde ne connaît point, et l'histoire nous en fournit d[es] exemples.
[55] 3. Elle fait voir la gloire de son origine en ce qu'elle est étroitement unie à Dieu et qu'elle est aimée par celui qui est le Seigneur de toutes choses.
La Sagesse est Dieu même: voilà la gloire de son origine. Dieu le Père prend en elle toutes ses complaisances, comme il a témoigné: voilà combien elle est aimée.
[56] 4. Elle est la maîtresse de la science de Dieu et la directrice de ses ouvrages.
C'est la seule Sagesse qui éclaire tout homme venant en ce monde; c'est elle seule qui est venue du ciel pour nous apprendre les secrets de Dieu; et nous n'avons point d'autre véritable maître que cette Sagesse incarnée, nommée Jésus-Christ; c'est elle seule qui dirige à leur fin tous les ouvrages de Dieu, particulièrement les saints en leur faisant connaître ce qu'ils doivent faire, et en leur faisant goûter et faire ce qu'elle leur a fait connaître.
[57] 5. Si l'on souhaite les richesses de cette vie, qu'y a-t-il de plus riche que la Sagesse qui fait toutes choses?
6. Si l'esprit de l'homme fait quelque ouvrage, qui a plus de part qu'elle dans cet art [avec] lequel toutes choses ont été faites?
7. Si quelqu'un aime la justice, les grandes vertus sont encore son ouvrage; c'est elle qui enseigne la tempérance, la prudence, la justice et la force, qui semblent] la chose du monde la plus utile à l'homme dans cette vie.
Salomon fait voir que, comme on ne doit aimer que la Sagesse, c'est d'elle seule aussi qu'on doit tout attendre, les biens de fortune, la connaissance des secrets de la nature, les biens de l'âme, les vertus théologales et cardinales.
[58] 8. Si quelqu'un désire la profondeur de la science, c'est elle qui sait le passé et qui juge de l'avenir. Elle pénètre ce qu'il y a de plus subtil dans les discours et de plus difficile à démêler dans les paraboles; [elle connaît les signes et les prodiges] avant qu'ils paraissent et ce qui doit arriver dans la succession des temps [et] des siècles.
Quiconque veut avoir une science des choses de la grâce et de la nature qui ne soit pas commune, sèche et superficielle, mais extraordinaire, sainte et profonde, doit faire tous ses efforts pour acquérir la Sagesse, sans laquelle un homme, quoique savant devant les hommes, n'est réputé pour rien devant Dieu: in nihilum computabitur.
[59] 9. J'ai donc résolu de la prendre avec moi pour être la compagne de ma vie, sachant qu'elle me fera part de ses biens et qu'elle sera ma consolation dans mes peines et dans mes ennuis.
Qui peut être pauvre avec la Sagesse, qui est si riche et si libérale? Qui peut être triste avec la Sagesse, qui est si douce, si belle et si tendre? Qui, de ceux qui cherchent la Sagesse, dit sincèrement avec Salomon: Proposui ergo: J'ai donc résolu»? La plupart n'ont pas pris cette résolution sincère ils n'ont que des velléités, ou, au plus, que des résolutions chancelantes et indifférentes; c'est pourquoi ils ne trouvent jamais la Sagesse.
[60] 10. Elle me rendra illustre parmi les peuples, et, tout jeune que je suis, je serai honoré des vieillards.
11. On reconnaîtra la pénétration de mon esprit pour bien rendre la justice. Les plus puissants seront surpris lorsqu'ils me verront, et les princes témoigneront leur admiration sur leur visage.
12. Quand je me tairai, ils attendront que je parle; quand je parlerai, ils me regarderont attentivement; et quand je m'étendrai dans mes discours, ils mettront leur main sur leurs bouches.
13. C'est elle aussi qui me donnera l'immortalité, et c'est par elle que je rendrai la mémoire de mon nom éternelle parmi ceux qui me doivent suivre.
14. Je gouvernerai les peuples par elle, et les nations me seront soumises.
Sur ces paroles du Sage dans lesquelles il se loue, saint Grégoire fait cette réflexion: «Ceux que Dieu a choisis pour écrire ses paroles sacrées, étant remplis de son Esprit-Saint, sortent en quelque manière d'eux mêmes pour entrer en celui qui les possède, et ainsi, étant devenus la langue de Dieu, ils ne considèrent que Dieu dans ce qu'ils disent; ils parlent d'eux comme ils parleraient d'un autre.»
[61] 15. Les rois les plus redoutables craindront lorsqu'ils entendront parler de moi. Je
ferai voir que je suis bon à mon peuple et vaillant dans la guerre.
16. Entrant dans ma maison, je trouverai mon repos avec elle; car sa conversation n'a rien de désagréable, ni sa compagnie d'ennuyeux, mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie.
17. Ayant donc pensé à ces choses, les ayant méditées en mon coeur, considérant que je trouverais l'immortalité dans l'union avec la Sagesse,
I8. Un saint plaisir dans son amitié, des richesses inépuisables dans les ouvrages de ses mains, l'intelligence dans ses conférences et ses entretiens, et une grande gloire dans la communication de ses discours, j'allais la chercher de tous cotés, afin de la prendre pour ma compagne.
Le Sage, après avoir renfermé en peu de paroles ce qu'il avait expliqué auparavant, tire cette conclusion: «J'allais la chercher de tous cotés.» Pour acquérir la Sagesse, il faut la chercher ardemment, c'est-à-dire il faut être prêt à tout quitter, à tout souffrir et à tout entreprendre pour la posséder. Il y en a peu qui la trouvent, parce qu'il y en [a] peu qui la cherchent d'une manière qui soit digne d'elle.
[62] Le Saint-Esprit, dans le chapitre 7e de la Sagesse, parle encore de l'excellence de la Sagesse en ces termes: «Dans la Sagesse il y a un esprit d'intelligence qui est saint, unique, multiplié en ses effets, subtil, disert, agile, sans tache, clair, doux, ami du bien, pénétrant, que rien ne peut empêcher d'agir, bienfaisant, amateur des hommes, bon, stable, infaillible, calme, qui peut tout, qui voit tout, qui renferme en soi tous les esprits intelligible, pur et subtil. Car la Sagesse est plus active que toutes les choses agissantes, et elle atteint partout à cause de sa pureté.
Enfin la Sagesse est un trésor infini pour les hommes et ceux qui en ont usé sont devenus les amis de Dieu et se sont rendus recommandables par les dons de la science: Infinitus enim thesaurus est hominibus, quo qui usi sunt participes facti sunt amicitiae Dei, propter disciplinae dona commendati» Sap 7 2.
[63] Après des paroles si puissantes et si tendres du Saint-Esprit, pour nous faire voir la beauté, l'excellence et les trésors de la Sagesse, quel est l'homme qui ne l'aimera pas et ne la recherchera pas de toutes ses forces? D'autant plus que c'est un trésor infini, propre à l'homme, pour lequel l'homme est fait, et qu'elle même a des désirs infinis de se donner à l'homme.
CHAPITRE VI
Les désirs empressés
que la divine Sagesse
a de se donner aux hommes.
[64] Il y a une si grande liaison d'amitié entre la Sagesse Éternelle et l'homme, qu'elle est incompréhensible. La Sagesse est pour l'homme, et l'homme est pour la Sagesse. Thesaurus infinitus hominibus: c'est un trésor infini pour les hommes, et non pour les anges ou pour les autres créatures.
Cette amitié de la Sagesse pour l'homme vient de ce qu'il est, dans sa création, l'abrégé de ses merveilles, son petit et son grand monde, son image vivante et son lieutenant sur la terre. Et, depuis que, par l'excès de l'amour qu'elle lui portait, elle s'est rendue semblable à lui en se faisant homme, et s'est livrée à la mort pour le sauver, elle l'aime comme son frère, son ami, son disciple, son élève, le prix de son sang et le cohéritier de son royaume, en sorte qu'on lui fait une violence infinie lorsqu'on lui refuse ou on lui arrache le coeur d'un homme.
1- La lettre d'amour de la Sagesse éternelle
[65] Cette beauté éternelle et souverainement aimable a tant de désir de l'amitié des hommes, qu'elle a fait un livre exprès pour la gagner, en lui découvrant ses excellences et les désirs qu'elle a de lui. Ce livre est comme une lettre d'une amante à son amant, pour gagner son affection. Les désirs qu'elle y témoigne du coeur de l'homme sont si empressés, les recherches qu'elle y fait de son amitié sont si tendres, les appels et ses voeux y sont si amoureux, qu'à l'entendre parler vous diriez qu'elle n'est pas la Souveraine du ciel et de la terre et qu'elle a besoin de l'homme pour être heureuse.
[66] Tantôt, pour trouver l'homme, elle court dans les grands chemins; tantôt elle monte sur la pointe des plus hautes montagnes; tantôt elle vient aux portes des villes; tantôt elle entre jusques dans les places publiques, au milieu des assemblées, criant le plus haut qu'elle peut: «O viri, ad vos clamito, et vox mea ad filios hominum: O hommes! ô enfants des hommes! c'est à vous que je crie depuis si longtemps; c'est à vous que ma voix s'adresse; c'est vous que je désire; c'est vous que je cherche; c'est vous que je réclame. Écoutez, venez à moi; je veux vous rendre heureux.» Et, pour les attirer puissamment, elle leur dit: «C'est par moi et par ma grâce que les rois règnent, que les princes commandent, et que les potentats et les monarques portent le sceptre et la couronne. C'est moi qui inspire aux législateurs la science de dresser de bonnes lois pour policer les États, et qui donne la force aux magistrats d'exercer équitablement et sans crainte la justice.
[67] J'aime ceux qui m'aiment, et quiconque me cherche diligemment me trouvera, et, me trouvant, trouvera abondance de tous biens. Car les richesses, la gloire, les honneurs, les dignités, les solides plaisirs et les vraies vertus sont avec moi; et il est incomparablement meilleur à un homme de me posséder que de posséder tout l'or et tout l'argent du monde, toutes les pierreries et tous les biens de tout l'univers. Je conduis les personnes qui viennent à moi par les voies de la justice et de la prudence, et je les enrichis de la possession des vrais enfants, jusqu'au comble de leurs désirs. Et soyez persuadés que mes plus doux plaisirs et mes plus chères délices sont de converser et de demeurer avec les enfants des hommes.
[68] Maintenant donc, mes enfants, écoutez-moi. Bienheureux ceux qui gardent mes voies. Écoutez mes instructions, soyez sages et ne les rejetez point. Heureux celui qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison et qui se tient à ma porte.
Celui qui m'aura trouvée, trouvera la vie; et il puisera le salut de la bonté du Seigneur. Mais celui qui péchera contre moi blessera son âme. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort.»
[69] Après tout ce qu'elle a dit de plus tendre et de plus engageant pour s'attirer l'amitié des hommes elle craint encore qu'à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine ils n'osent, par respect s'approcher d'elle. C'est pourquoi elle leur fait dire qu'elle est d'un accès facile; qu'elle se laisse aisément voir à ceux qui l'aiment; qu'elle prévient ceux qui la désirent; qu'elle se montre à eux la première, et que celui qui se lèvera du matin pour la chercher n'aura pas beaucoup de peine pour la trouver; car il la trouvera assise à sa porte pour l'attendre.
2- L'Incarnation, la mort et l'Eucharistie
[70] Enfin la Sagesse Éternelle, pour s'approcher de plus près des hommes et leur témoigner plus sensiblement son amour, est allée jusqu'à se faire homme jusqu'à devenir enfant, jusqu'à devenir pauvre et jusqu'à mourir pour eux sur la croix.
Combien de fois s'est-elle écriée, lorsqu'elle vivait sur la terre: «Venez à moi, venez tous à moi; c'est moi, ne craignez rien; pourquoi craignez-vous? Je suis semblable à vous; je vous aime. Est-ce parce que vous êtes pécheurs? Eh! c'est eux que je cherche je suis l'amie des pécheurs. Est-ce parce que vous vous êtes égarés du bercail par votre faute? Eh! je suis le Bon Pasteur. Est-ce parce que vous êtes chargés de péchés, couverts d'ordures, accablés de tristesse? Eh! c'est justement pourquoi vous devez venir à moi; car je vous déchargerai, je vous purifierai, je vous consolerai.»
[71] Voulant d'un côté montrer son amour pour l'homme jusqu'à mourir en sa place afin de le sauver, et ne pouvant de l'autre se résoudre à quitter l'homme, elle trouve un secret admirable pour mourir et pour vivre tout à la fois, et demeurer avec l'homme jusqu'à la fin des siècles: c'est l'invention amoureuse de l'Eucharistie; et pour venir à bout de contenter son amour en ce mystère, elle ne fait point difficulté de changer et renverser toute la nature.
Si elle ne se cache pas sous [l']éclat d'un diamant ou autre pierre précieuse, c'est qu'elle ne veut pas seulement demeurer extérieurement avec l'homme; mais elle se cache sous l'apparence d'un petit morceau de pain, qui est la nourriture propre de l'homme, afin que, étant mangée de l'homme, elle entrât jusqu'en son coeur pour y prendre ses délices. Ardenter amantium hoc est.
«O Deum vere prodigum sui prae desiderio hominis! O Sagesse éternelle, dit un saint, ô Dieu vraiment prodigue de lui-même par le désir qu'il a de l'homme.»
3- Ingratitude de ceux qui refusent
[72] Si nous ne sommes pas touchés des désirs empressés, des recherches amoureuses et des témoignages d'amitié de cette aimable Sagesse, quelle est notre dureté et notre ingratitude?
Mais si, au lieu de l'écouter, nous lui fermons l'oreille; si, au lieu de la chercher, nous la fuyons; si, au lieu de l'honorer, de l'aimer, nous la méprisons et l'offensons, quelle est notre cruauté, et quel sera notre châtiment, même dès ce monde! «Ceux, dit le Saint-Esprit, qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la Sagesse non seulement sont tombés dans l'ignorance du bien mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leur folie, sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées: Sapientiam enim praetereuntes, non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorarent bona, sed et insipientiae suae reliquierunt hominibus memoriam, ut in his quae peccaverunt, nec latere potuissent.» Sap 10.
Trois malheurs, pendant la vie, à ceux qui ne se mettent pas en peine d'acquérir la Sagesse; ils tombent: 1° dans l'ignorance et l'aveuglement; 2° dans la folie; 3° dans le scandale et le péché.
Mais quel est leur malheur à la mort, lorsque, malgré eux ils entendent la Sagesse leur reprocher: «Vocavi, et renuistis, Je vous ai appelés, et vous ne m'avez pas répondu; je vous ai tendu les bras tout le jour, et vous m'avez méprisée; je vous ai attendus, assise à votre porte, et vous n'êtes point venus à moi. Ego quo que in interitu vestro ridebo et subsannabo vos: Et moi à mon tour je me moque de vous; je n'ai plus ni oreilles pour écouter vos cris, ni yeux pour regarder vos larmes, ni coeur pour être touchée de vos sanglots, ni mains pour vous donner du secours.»
Mais quel sera leur malheur en enfer! Lisez ce que le Saint-Esprit lui-même a dit des malheurs, des plaintes, des regrets et du désespoir des fous, en enfer, qui reconnaissent trop tard leur folie et leur malheur pour avoir méprisé la Sagesse de Dieu. Talia dixerunt in inferno Sap. 5.14: Ils commencent à parler sagement, mais c'est en enfer.
4- Conclusion
[73] Désirons donc et recherchons uniquement la divine Sagesse. Cuncta quae desiderantur, huic et non valent comparari; et en un autre endroit: Omne desiderabile ei non potest comparari, Prov. 8: On ne peut rien désirer de plus que la Sagesse. Ainsi, quelques dons de Dieu, quelques trésors célestes que vous désiriez, si vous ne désirez pas la Sagesse, vous désirez quelque chose de moindre qu'elle.
Ah! si nous connaissions ce que c'est que ce trésor infini de la Sagesse fait pour l'homme, - car j'avoue que je n'en ai rien dit -, nous soupirerions jour et nuit après elle: nous volerions avec vitesse aux extrémités du monde, et nous passerions avec joie au travers des feux et des rasoirs, s'il était nécessaire, pour la mériter. Mais il faut prendre garde de se tromper dans le choix de la Sagesse, car il y en a de plusieurs sortes.
CHAPITRE VII
L'élection de la vraie Sagesse.
[74] Dieu a sa Sagesse; et c'est l'unique et véritable qui doive être aimée et recherchée comme un grand trésor. Mais le monde corrompu a aussi sa sagesse; et elle doit être condamnée et détestée comme mauvaise et pernicieuse. Les philosophes ont aussi leur sagesse; et elle doit être méprisée comme inutile, et souvent comme dangereuse au salut.
Nous avons jusqu'ici parlé de la Sagesse de Dieu aux âmes parfaites, comme dit l'Apôtre; mais, de peur qu'elles ne soient trompées par le faux brillant de la sagesse mondaine, montrons-en l'imposture et la malignité.
1- La sagesse mondaine
[75] La sagesse mondaine est celle dont il est dit: Perdam sapientiam sapientium I Corint: je perdrai la sagesse des sages selon le monde. Sapientia carnis inimica est Deo, Rom 8: la sagesse de la chair est ennemie de Dieu. Non est ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica, Jacob, 3. I3: cette sagesse ne vient pas du ciel, mais c'est une sagesse terrestre, animale et diabolique.
Cette sagesse du monde est une conformité parfaite aux maximes et aux modes du monde; c'est une tendance continuelle vers la grandeur et l'estime; c'est une recherche continuelle et secrète de son plaisir et de son intérêt, non pas d'une manière grossière et criante, en commettant quelque péché scandaleux, mais d'une manière fine, trompeuse et politique; autrement ce ne serait plus selon le monde une sagesse, mais un libertinage.
[76] Un sage du siècle est un homme qui sait bien faire ses affaires, et faire réussir tout à son avantage temporel, sans quasi paraître vouloir le faire; qui sait l'art de déguiser et de tromper finement sans qu'on s'en aperçoive; qui dit ou fait une chose et pense l'autre; qui n'ignore rien des airs et des compliments du monde; qui sait s'accommoder à tous pour en venir à ses fins, sans se mettre beaucoup en peine de l'honneur et de l'intérêt de Dieu; qui fait un secret mais funeste accord de la vérité avec le mensonge, de l'Évangile avec le monde, de la vertu avec le péché, de Jésus-Christ avec Bélial; qui veut passer pour un honnête homme, mais non pas pour un dévot; qui méprise, empoisonne ou condamne aisément toutes les pratiques de piété qui ne s'accommodent pas avec les siennes. Enfin, un sage mondain est un homme qui, ne se conduisant que par la lumière des sens et de la raison humaine, ne cherche qu'à se couvrir des apparences de chrétien et d'honnête homme, sans se mettre beaucoup en peine de plaire à Dieu ni d'expier, par la pénitence, les péchés qu'il a commis contre sa divine Majesté.
[77] La conduite de ce sage du monde est fondée sur le point d'honneur, sur le «qu'en dira-t-on», sur la coutume, sur la bonne chère, sur l'intérêt, sur le grand air et sur le mot à rire. Ce sont là les sept mobiles innocents, comme il croit, sur quoi il se tient appuyé pour mener une vie tranquille.
Il a des vertus particulières qui le font canoniser des mondains, comme la bravoure, la finesse, la politique, le savoir-faire, la galanterie, la politesse, l'enjouement. Il prend pour des péchés considérables l'insensibilité, la bêtise, la pauvreté, la rusticité, la bigoterie.
[78] Il suit le plus fidèlement qu'il peut les commandements que le monde lui a faits:
Tu sauras bien le monde;
Tu vivras en honnête homme;
Tu feras bien tes affaires;
Tu conserveras ce qui t'appartient;
Tu sortiras de la poussière;
Tu te feras des amis;
Tu hanteras le beau monde;
Tu feras bonne chère;
Tu n'engendreras point de mélancolie;
Tu éviteras la singularité, la rusticité, [la] bigoterie.
[79] Jamais le monde n'a été si corrompu qu'il l'est, parce que jamais il n'a été si fin, si sage à son sens, ni si politique. Il se sert si finement de la vérité pour inspirer le mensonge, de la vertu pour autoriser le péché, et des maximes mêmes de Jésus-Christ pour autoriser les siennes, que les plus sages selon Dieu y sont souvent trompés.
Le nombre de ces sages selon le monde, ou de ces fous selon Dieu, est infini. Stultorum infinitus est numerus.
[80] La sagesse terrestre, dont parle saint Jacques, est l'amour des biens de la terre. C'est de cette sagesse dont les sages du monde font une profession secrète, quand ils attachent leurs coeurs à ce qu'ils possèdent; quand ils tâchent de devenir riches, quand ils intentent des procès et font des chicanes inutiles pour les avoir ou pour les conserver; quand ils ne pensent, ils ne parlent, ils n'agissent la plus grande partie du temps que dans la vue d'avoir ou de conserver quelque chose de temporel, ne s'appliquant à faire leur salut et aux moyens de le faire, comme la confession, la communion, l'oraison, etc., qu'à la légère, par manière d'acquit, par intervalles et pour sauver les apparences.
[81] La sagesse charnelle est l'amour du plaisir. C'est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils ne cherchent que les plaisirs des sens; quand ils aiment la bonne chère; quand il éloignent de soi tout ce qui peut mortifier ou incommoder le corps, comme les jeûnes, les austérités, etc.; quand ils ne pensent plus ordinairement qu'à boire, qu'à manger, qu'à jouer, qu'à rire, qu'à se divertir et qu'à passer agréablement son temps; quand ils recherchent les lits mollets, les jeux divertissants, les festins agréables et les belles compagnies.
Et, après que sans scrupules ils ont pris tous ces plaisirs qu'ils ont pu prendre sans déplaire au monde et sans incommoder leur santé, ils cherchent le confesseur le moins scrupuleux (c'est ainsi qu'ils nomment les confesseurs relâchés qui ne font pas leur devoir), afin d'avoir de lui, à bon marché, la paix dans leur vie molle et efféminée et l'indulgence plénière de tous leurs péchés. Je dis: à bon marché; car ces sages selon la chair ne veulent ordinairement pour pénitence que quelques prières ou quelques aumônes, haïssant ce qui peut affliger le corps.
[82] La sagesse diabolique est l'amour et l'estime des honneurs. C'est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils aspirent, quoique Secrètement, aux grandeurs, aux honneurs, aux dignités et aux emplois relevés; quand ils recherchent à être vus, estimés, loués et applaudis des hommes; quand ils n'envisagent, dans leurs études, dans leurs travaux, dans leurs combats, dans leurs paroles et dans leurs actions, que l'estime et la louange des hommes, pour passer pour des personnes dévotes, pour des gens savants, pour des grands capitaines, pour des savants jurisconsultes, pour des gens d'un mérite infini et distingué ou de grande considération; quand ils ne peuvent souffrir qu'on les méprise et qu'on les blâme; quand ils cachent ce qu'ils ont de défectueux et font montre de ce qu'ils ont de beau.
[83] Il faut, avec notre Seigneur Jésus la Sagesse incarnée, détester et condamner ces trois sortes de sagesse fausse pour acquérir la véritable: qui ne cherche point son propre intérêt, qui ne se trouve point dans la terre et dans le coeur de ceux qui vivent à leur aise, et qui a en abomination tout ce qui est grand et relevé devant les hommes.
2- La sagesse naturelle
[84] Outre cette sagesse mondaine, qui est condamnable et pernicieuse, il y a une sagesse naturelle parmi les philosophes.
C'était cette sagesse naturelle que les Égyptiens et les Grecs recherchaient autrefois avec tant d'empressement: Graeci sapientiam quaerunt. Ceux qui avaient acquis cette sagesse étaient appelés mages ou sages. Cette sagesse est une connaissance éminente de la nature dans ses principes. Elle fut communiquée en plénitude à Adam dans son innocence; elle fut donnée en abondance à Salomon, et dans la suite des temps quelques grands hommes en ont reçu quelque partie, comme l'histoire nous apprend.
[85] Les philosophes vantent leurs arguments de philosophie comme un moyen d'acquérir cette sagesse.
Les chimistes vantent les secrets de leur cabale pour trouver la pierre philosophale, dans laquelle ils s'imaginent que cette sagesse est renfermée.
A la vérité, la philosophie de l'École, étudiée bien chrétiennement, ouvre l'esprit et le rend capable des sciences supérieures; mais elle ne donnera jamais cette prétendue sagesse naturelle si vantée dans l'antiquité.
[86] La chimie ou alchimie, ou la science de dissoudre les corps naturels et de les résoudre à leurs principes, est encore plus vaine et plus dangereuse. Cette science, quoique véritable en elle-même, a dupé et trompé une infinité de gens, par rapport à la fin qu'ils se proposaient; et je ne doute point, par l'expérience que j'en ai moi-même, que le démon ne s'en serve aujourd'hui pour faire perdre l'argent et le temps, la grâce et l'âme même, sous prétexte de trouver la pierre philosophale. Il n'y a point de science qui propose l'exécution de plus grandes choses, et par des moyens plus apparents.
Cette science promet la pierre philosophale, ou une poudre qu'ils nomment de projection qui, jetée en quelque métal que ce soit, s'il est fondu, le change en argent ou en or, qui donne la santé, qui guérit les maladies, qui même prolonge la vie, et qui opère une infinité de merveilles qui passent chez les ignorants pour divines et miraculeuses.
Il y a une bande de gens qui se disent savants en cette science, qu'on nomme cabalistes, qui gardent les mystères de cette science si cachés qu'ils aimeraient mieux perdre la vie que de révéler leurs prétendus secrets.
[87] Ils autorisent ce qu'ils disent:
1° Par l'histoire de Salomon qu'ils assurent avoir reçu le secret de la pierre philosophale, et dont ils vantent un livre secret, mais faux et pernicieux, nommé la Clavicule de Salomon.
2° Par l'histoire d'Esdras, à qui Dieu donna à boire une liqueur céleste qui lui donna la Sagesse, comme il est marqué dans le 7e livre d'Esdras.
3° Par les histoires de Raymond Lulle et de plusieurs autres grands philosophes qu'il assurent avoir trouvé cette pierre philosophale.
4° Enfin, pour mieux couvrir du manteau de la piété leurs tromperies, ils disent que c'est un don de Dieu, qu'il ne donne qu'à ceux qui l'ont longtemps demandé et qui l'ont mérité par leurs travaux et par leurs prières.
[88] Je vous ai rapporté les rêveries ou les illusions de cette science vaine, afin qu'on n'y soit pas trompé comme tant d'autres, car j'en sais qui, après avoir fait plusieurs dépenses inutiles et perdu beaucoup de temps à chercher ce secret, sous les plus beaux et pieux prétextes du monde, et de la manière la plus dévote, ont été enfin obligés de s'en repentir, en avouant leurs tromperies et leurs illusions.
Je ne conviens pas que la pierre philosophale soit possible. Le savant Delrio l'assure et la prouve possible; d'autres la nient. Quoi qu'il en soit, il n'est pas convenable et il est même dangereux qu'un chrétien s'applique à la chercher. C'est faire injure à Jésus Christ, la Sagesse incarnée, dans lequel sont tous les trésors de la Sagesse et de la science de Dieu, tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire. C'est désobéir au Saint-Esprit qui dit: «Altiora te ne quaesieris, Eccli 3: Ne cherchez point ce qui est au-dessus de vos forces.»
3- Conclusion
[89] Demeurons-en donc à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée, hors duquel il n'y a qu'égarement, que mensonge et que mort: Ego sum via, veritas et vita.
Voyons ses effets dans les âmes.
CHAPITRE VIII
Effets merveilleux
de la Sagesse éternelle
dans les Âmes de ceux
qui la possèdent
[90] Cette beauté souveraine, étant naturellement amie du bien: amans bonum, particulièrement de celui de l'homme, son plus grand plaisir est de se communiquer. C'est pourquoi le Saint-Esprit dit qu'elle cherche, parmi les nations, des personnes dignes d'elle et qu'elle se répand et transporte dans les âmes saintes: in animas sanctas se transfert, Sap. 74; et c'est cette communication de la Sagesse éternelle qui a fait les amis de Dieu et les prophètes.
Elle entra autrefois dans l'âme du serviteur de Dieu, Moïse, et lui communiqua une lumière abondante pour voir de grandes choses, et une force merveilleuse pour faire des miracles et remporter des victoires: Intra vit in animam servi Dei, et stetit contra reges horren dos, in portentis et signis, Sap. 10. 16.
Lorsque la divine Sagesse entre dans une âme, elle y apporte avec elle toutes sortes de biens et lui communique des richesses innombrables: Omnia bona mihi venerunt cum illa et innumerabilis honestas per manus illius, Sap. 11. C'est le témoignage que Salomon rend à la vérité, après avoir reçu la Sagesse.
[91] Parmi une infinité d'opérations que la Sagesse fait dans les âmes, souvent d'une manière si secrète que l'âme même ne s'en aperçoit pas, en voici quelques-unes des plus ordinaires:
[92] 1° La Sagesse éternelle communique son esprit tout de lumière à l'âme qui la possède: Optavi et datus est mihi sensus; et invocavi, et venit in me spiritus Sapientiae: J'ai désiré, et l'intelligence m'a été donnée; j'ai invoqué, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. C'est cet esprit subtil et pénétrant qui fait qu'un homme, à l'exemple de Salomon, juge de toutes choses avec un grand discernement et une grande pénétration: Acutus inveniar in judicio, et in conspectu potentium admirabilis ero, Sap. 8 4 A cause de la Sagesse, qui m'a communiqué son esprit, on reconnaîtra la pénétration de mon esprit dans les jugements; les plus puissants seront surpris lorsqu'ils me verront.
[93] Elle communique à l'homme la grande science des saints et les autres sciences naturelles, même les plus secrètes, quand elles lui sont convenables: Si multitudinem scientiae desiderat quis, scit praeterita et de futuris aestimat, scit versutias sermonum, et disso lutiones argumentorum, Sap. 8.
Elle a donné à Jacob la science des saints: Dedit illi scientiam sanctorum, Sap. 10.
Elle a donné à Salomon la science véritable de toute la nature: Dedit mihi horum quae sunt scientiam veram, Sap. 7. 17. Elle lui a découvert une infinité de secrets que personne avant lui n'avait connus: Quaecumque sunt absconsa et improvisa didici, Sap. 7.
[94] C'est dans cette source infinie de lumières que les plus grands Docteurs de l'Église, entre autres saint Thomas d'Aquin, comme il l'avoue lui-même, ont puisé ces admirables connaissances qui les ont rendus recommandables. Et vous remarquerez que les lumières et les connaissances que donne la Sagesse ne sont pas des connaissances sèches, stériles et indévotes, mais des connaissances lumineuses, onctueuses, opérantes et pieuses, qui touchent et contentent le coeur en éclairant l'esprit.
[95] 2° La Sagesse ne donne pas seulement à l'homme ses lumières pour connaître la vérité, mais encore une capacité merveilleuse pour la faire connaître aux autres: Scientiam habet vocis. La Sagesse a la connaissance de ce qu'on dit, et elle communique la science de le bien dire, parce que c'est elle qui a ouvert la bouche à des muets et a rendu éloquentes les langues des enfants: Quoniam Sapientia aperuit os mutorum, et linguas infantium fecit disertas. Sap. 10. 21.
Elle délia la langue de Moïse, qui était empêchée. Elle donna ses paroles aux prophètes pour arracher, pour détruire, pour dissiper, pour bâtir et pour planter: Dedi verba mea in ore tuo... ut evellas, et destruas, et disperdas, et dissipes, et aedifices et plantes, Jerem 1. 10, quoiqu'ils avouassent qu'ils ne savaient d'eux-mêmes pas mieux parler que des enfants.
Ce fut la Sagesse qui donna aux Apôtres la facilité pour prêcher partout l'Évangile et annoncer les merveilles de Dieu: Loquentes... magnalia Dei. Sermone ditans guttura. Elle faisait de leur bouche un trésor de paroles. Comme la divine Sagesse est parole dans l'éternité et dans le temps, elle a toujours parlé, et sur sa parole tout a été fait et tout a été réparé. Elle a parlé par les Prophètes, par les Apôtres, et elle parlera jusqu'à la fin des siècles par la bouche de ceux à qui elle se donnera.
[96] Mais les paroles que la divine Sagesse communique ne sont pas des paroles communes, naturelles et humaines; ce sont des paroles divines: vere verbum Dei. Ce sont des paroles fortes, touchantes, pénétrantes: penetrabilior omni gladio ancipiti; qui partent du coeur de celui par qui elle parle et qui vont jusqu'au coeur de celui qui l'écoute. C'est ce don de la Sagesse qu'avait reçu Salomon, lorsqu'il dit que Dieu lui avait fait la grâce de parler selon qu'il sentait dans son coeur: Mihi autem dedit Deus dicere ex sententia.
[97] Ce sont ces paroles que Notre Seigneur promit à ses Apôtres: «Dabo vobis os et Sapientiam cui non poterunt resistere... : je vous donnerai une telle facilité de parler, une telle Sagesse et force dans vos paroles, que tous vos ennemis ne pourront y résister.»
Oh ! qu'il y a peu de prédicateurs, en ce temps, qui aient ce don ineffable de la parole, et qui puissent dire avec saint Paul: «Loquimur Dei Sapientiam: nous parlons la Sagesse de Dieu!» Ils parlent, la plupart, selon les lumières naturelles de leur esprit, ou [selon] qu'ils l'ont puisé dans les livres, mais non pas ex sententia, selon que la divine Sagesse leur fait sentir, ou bien ex abundantia cordis , selon l'abondance divine que la Sagesse leur communique. C'est pourquoi on voit maintenant si peu de conversions opérées par la parole. Si un prédicateur avait véritablement reçu de la Sagesse ce don de parler, ses auditeurs à peine résisteraient-ils à ses paroles, comme autrefois: non poterant resistere Sapientiae et Spiritui qui loquebatur: ceux qui écoutaient ne pouvaient résister à la Sagesse et à l'Esprit qui parlait. Ce prédicateur parlerait tout ensemble avec tant de suavité et d'autorité quasi potestatem habens, que sa parole ne lui reviendrait point vide et sans effet.
[98] 3° La Sagesse éternelle étant l'objet de la félicité et des complaisances du Père éternel, la joie des anges, elle est à l'homme qui la possède le principe des plus pures douceurs et consolations. Elle lui donne un goût pour tout ce qui est de Dieu, et lui fait perdre le goût des créatures. Elle réjouit son esprit par le brillant de ses lumières; elle verse en son coeur une joie, une douceur et une paix indicibles, même parmi les amertumes et les tribulations les plus rudes, comme le témoigne saint Paul qui s'écriait: «In omni superabundo gaudio tribulatione nostra.» 2 Corint.
Entrant dans ma maison, quoique je sois seul, dit Salomon, je trouverai un doux repos avec elle, car sa conversation n'a rien de désagréable, ni sa compagnie rien d'ennuyeux; mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie; et non seulement dans ma maison et dans son entretien, je trouvais de la joie, mais même en tous les lieux et en toutes choses, parce qu'elle marchait devant moi: Intrans in domum meam, conquiescam cum illa: quoniam non habet amaritudi nem conversatio illius, nec taedium convictus illius, sed laetitiam et gaudium . .. Et laetatus sum in omnibus, quoniam antecedebat me ista Sapientia, Sap. Il y a un saint et véritable plaisir dans son amitié: Et in amicitia illius delectatio bona, Sap 8; au lieu que les joies et les plaisirs qu'on peut prendre dans les créatures ne sont que l'apparence de plaisir et affliction d'esprit.
[99] 4° Quand la Sagesse éternelle se communique à une âme, elle lui donne tous les dons du Saint-Esprit et toutes les grandes vertus dans un degré éminent, savoir: les vertus théologales: une foi vive, une espérance ferme, une charité ardente; les vertus cardinales: une tempérance réglée, une prudence consommée, une justice parfaite et une force invincible, les vertus morales: une religion parfaite, une humilité profonde, une douceur charmante, une obéissance aveugle, un détachement universel, une mortification continuelle, une oraison sublime, etc. Ce sont ces vertus admirables et ces dons célestes que le Saint-Esprit exprime divinement en peu de mots, quand il dit: «Si justitiam quis diligit, labores hujus magnas habent virtutes : sobrietatem enim et prudentiam docet, et justitiam et virtutem, quibus utilius nihil est in vita hominibus.» Sap. 8.
[100] [5°] Enfin, comme il n'y a rien de plus actif que la Sagesse, omnibus enim mobilibus mobilior est, elle ne laisse point croupir dans la tiédeur et la négligence ceux qui ont son amitié. Elle les rend tout de flammes; elle leur inspire de grandes entreprises pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes; et pour les éprouver et les rendre plus dignes d'elle, elle leur procure de grands combats et elle leur réserve des contra dictions et des traverses dans presque tout ce qu'ils entreprennent.
Elle permet tantôt au démon de les tenter, tantôt au monde de les calomnier et de les mépriser, tantôt à leurs ennemis de les surmonter et abattre, tantôt à leurs amis et à leurs parents de les abandonner et de les trahir. Ici elle leur procure une perte de biens, là une maladie; ici une injure, là une tristesse et un abattement de coeur. Enfin elle les éprouve en toute manière dans le creuset de la tribulation comme l'or dans la fournaise.
«Mais leur affliction, dit le Saint-Esprit, a été légère et leur récompense sera grande, parce que Dieu les a tentés et les a trouvés dignes de lui. Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise; il les a reçus comme une hostie d'holocauste, et il les regardera favorablement quand leur temps sera venu: Et si coram hominibus tormenta passi sunt, spes illorum immortalitate plena est. In paucis vexati, in multis bene disponentur: quoniam Deus tentavit eos, et invenit illos dignos se. Tanquam aurum in fornace probavit illos, et quasi holocausti hostiam accepit illos, et in tempore erit respectus illorum. Sap. 3. C'est la Sagesse qui a enrichi le juste dans ses travaux et qui lui en a fait recueillir le fruit; c'est elle qui l'a aidé contre ceux qui voulaient le surprendre par leurs tromperies et qui l'a fait devenir riche. Elle l'a protégé contre ses ennemis elle l'a défendu des séducteurs et elle l'a engagé dans un rude combat, afin qu'il demeurât victorieux et qu'il sût que la Sagesse est plus puissante que toute chose: Honestavit illum in laboribus et complevit labores illius, in fraude circumvenientium illum affuit illi, et honestum fecit illum. Custodivit illum ab inimicis, et a seductoribus tutavit illum et certamen forte dedit illi, ut vinceret, et sciret quoniam omnium potentior est Sapientia, Sap. 10.
[101] Il est rapporté dans la vie du bienheureux Henri de Suzo, religieux de saint Dominique, que dans les désirs ardents qu'il avait de posséder la Sagesse éternelle, il s'offrit plusieurs fois à elle pour souffrir toute sorte de tourments, pourvu qu'il eût ses bonnes grâces. «Quoi! ne sais-tu pas, se disait-il un jour à soi-même, que les amants épousent mille et mille souffrances pour celle qui est l'objet de leur amour? Les veilles leur sont douces; les fatigues agréables, et le travail un repos, s'ils sont une fois assurés que leur personne qu'ils aiment s'en tiendra obligée et satisfaite. Si les hommes font ces choses pour contenter une charogne puante, ne rougis-tu pas de honte de chanceler en ta résolution d'avoir la Sagesse? Non, ô Sagesse éternelle, je ne reculerai jamais en votre amour, fallût-il m'engager dans les halliers et les épines pardessus la tête, afin d'arriver au lieu de votre séjour; fallût-il être le théâtre de mille cruautés en mon corps et en mon âme, je priserai votre amitié plus que toutes choses, et vous régnerez absolument sur toutes mes affections.»
[102] Quelques jours après qu'il était en voyage, il tomba entre les mains des voleurs, qui le battirent et le mirent en un état si pitoyable, qu'eux-mêmes en avaient pitié. Alors Henri de Suzo, se voyant en cet état, abandonné de tout secours, tomba dans une noire mélancolie, oublia sa résolution d'être courageux dans les afflictions et se met à pleurer et à penser pourquoi Dieu l'affligeait ainsi. Le sommeil le prit dans cette pensée où il s'entretenait, et sur le matin, vers le point du jour, il entendit une voix qui lui faisait cette réprimande: «Voici donc notre soldat qui tranche les montagnes, qui grimpe sur les rochers, qui enfonce les citadelles, qui tue et qui met en pièces tous ses ennemis lorsqu'il est en prospérité, et n'a par après ni courage, ni bras, ni jambes dans l'adversité. C'est un lion au temps de la consolation, et un cerf craintif dans la tribulation; la Sagesse ne donne point son amitié à ces poltrons et à ces lâches.»
Le bienheureux Henri, à ces réprimandes, confesse la faute qu'il avait faite de s'affliger à l'excès, et supplie en même temps la Sagesse de lui permettre de pleurer et de décharger son coeur oppressé, par ses yeux. «Non, non, répliqua cette voix, tous les habitants du ciel ne feraient aucune estime de toi, si, comme un enfant et une femme, tu t'abandonnais aux larmes; essuie tes yeux et montre un visage serein.»
[103] Ainsi la croix est le partage et la récompense de ceux qui désirent ou possèdent la Sagesse éternelle. Mais cette aimable souveraine, qui fait tout avec nombre, poids et mesure, ne donne des croix à ses amis qu'à proportion de leurs forces, et elle répand tellement sur ces croix l'onction de ses douceurs, qu'ils en font leurs délices.
CHAPITRE IX
L'incarnation et la vie
de la Sagesse éternelle
1- L'Incarnation de la Sagesse éternelle
[104] Le Verbe éternel, la Sagesse éternelle, ayant résolu, dans le grand conseil de la Sainte Trinité, de se faire homme pour réparer l'homme perdu, fit connaître à Adam, comme il est croyable, et promit aux anciens patriarches, comme la sainte Écriture le marque, qu'il se ferait homme pour racheter le monde. C'est pourquoi, pendant les quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la création du monde, tous les saints personnages de l'ancienne loi ont demandé le Messie avec d'instantes prières. Ils gémissaient, ils pleuraient, ils s'écriaient: «O nues, pleuvez le juste! terre, germez le Sauveur! O Sapientia, qui ex ore Altissimi prodiisti, veni ad liberandum nos.»
Mais leurs cris, leurs prières et leurs sacrifices n'avaient pas assez de force pour attirer la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, du sein de son Père. Ils levaient les bras vers le ciel; mais ils n'étaient pas assez longs pour atteindre jusqu'au trône du Très Haut. Ils faisaient continuellement des sacrifices même de leurs coeurs à Dieu; mais ils n'étaient pas d'un assez grand prix pour mériter cette grâce des grâces.
[105] Enfin le temps marqué pour la rédemption des hommes étant arrivé [et] la Sagesse éternelle se fit elle même une maison, une demeure digne d'elle: Sapientia aedificavit sibi domum. Elle créa et forma la divine Marie, dans le sein de sainte Anne, avec plus de plaisir qu'elle n'avait pris en créant l'univers. Il est impossible d'exprimer d'un côté les ineffables communications de la Très Sainte Trinité à cette belle créature, et, de l'autre, la fidélité avec laquelle elle correspondit aux grâces de son Créateur.
[106] Le torrent impétueux de la bonté infinie de Dieu, arrêté violemment par les péchés des hommes depuis le commencement du monde, se décharge avec impétuosité et en plénitude dans le coeur de Marie. La Sagesse éternelle lui donne toutes les grâces qu'Adam et tous ses descendants, s'ils étaient demeurés dans la justice originelle, auraient reçues de sa libéralité. Enfin toute la plénitude de la divinité, dit un saint, se répand en Marie autant qu'une pure créature en est capable. O Marie, ô chef-d'oeuvre du Très Haut, ô miracle de la Sagesse éternelle, ô prodige de la Toute Puissance, ô abîme de la grâce, il n'y a, je l'avoue avec tous les saints, il n'y a que celui qui vous a créée qui connaisse la hauteur, l'étendue et la profondeur des grâces qu'il vous a faites.
[107] La divine Marie eut en quatorze ans de vie de si grands accroissements dans la grâce et la sagesse de Dieu, une fidélité si parfaite à son amour, qu'elle ravit en admiration non seulement tous les Anges, mais encore Dieu même. Son humilité profonde jusqu'au néant le charma; sa pureté toute divine l'attira; sa foi vive et ses prières fréquentes et amoureuses le forcèrent. La Sagesse est amoureusement vaincue par de si amoureuses recherches: «O quantus amor illius, s'écrie saint Augustin, qui vincit omnipotentem! Oh! quel fut l'amour de Marie qui a vaincu le Tout Puissant!»
Chose étonnante, cette Sagesse, du sein de son Père, voulant descendre dans le sein d'une Vierge pour s'y coucher parmi les lis de sa pureté et se donner tout à elle, en se faisant homme en elle, lui dépêcha l'archange Gabriel pour la saluer de sa part, lui marquer qu'elle a gagné son coeur, et qu'elle désirait [se] faire homme en elle, pourvu qu'elle y donnât son consentement. L'archange exécuta sa commission, assura Marie qu'elle demeurerait vierge en devenant mère, et gagne, de son coeur, malgré les résistances de son humilité profonde, le consentement ineffable que la Sainte Trinité avec tous les anges et tout l'univers attendaient depuis tant de siècles, lorsqu'en s'humiliant devant son Créateur elle dit: «Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole!»
[108] Regardez qu'au même instant que Marie consentit à être mère de Dieu, il se fit plusieurs prodiges. Le Saint-Esprit forma du plus pur sang du coeur de Marie un petit corps; il l'organisa parfaitement; Dieu créa l'âme la plus parfaite qu'il eût jamais créée. La Sagesse éternelle ou le Fils de Dieu s'unit, en vérité de personne, à ce corps et à cette âme. Et voilà la grande merveille du ciel et de la terre, l'excès prodigieux de l'amour de Dieu: Verbum caro factum est: Le Verbe s'est fait chair; la Sagesse éternelle s'est incarnée. Dieu est devenu homme, sans cesser d'être Dieu; cet Homme-Dieu s'appelle Jésus-Christ, c'est-à-dire Sauveur.
2- La vie de la Sagesse incarnée
Et en voici l'abrégé de sa vie divine:
[109] 1. Il voulut naître d'une femme mariée, bien qu'en effet elle fût vierge, afin qu'on ne lui pût reprocher d'être sorti d'une conjonction adultère, ou pour d'autres raisons très importantes que les Saints Pères nous apprennent. Sa conception fut annoncée à la Sainte Vierge par l'ange Gabriel, comme nous venons de dire. Il devint enfant d'Adam, sans être héritier de sa faute.
[110] 2. On eut cette conception un jour de vendredi, 25e [de] mars; et le vingt cinq de décembre, le Sauveur du monde naquit dans la ville de Bethléem, dans une pauvre étable, où une crèche lui servit de berceau. Un ange annonça à des pasteurs, qui gardaient leurs troupeaux à la campagne, que le Sauveur était né, et leur recommanda de l'aller adorer à Bethléem et en même temps ils entendirent une musique céleste des anges qui chantaient: «Gloire à Dieu dans les cieux et en terre la paix aux hommes de bonne volonté.»
[111] 3. Le 8e jour, il fut circoncis, selon la loi de Moïse, bien qu'il n' [y] fût point sujet, et il y reçut le nom de Jésus, venu du ciel. Trois Mages, venus d'Orient, le vinrent adorer, avertis par l'apparition d'une étoile extraordinaire qui les conduisit à Bethléem. Cette fête s'appelle Épiphanie, c'est-à-dire manifestation de Dieu, le 6e de janvier.
[112] 4. Il voulut lui-même s'offrir au Temple, quarante jours après sa naissance, et observer tout ce que la loi de Moïse ordonnait pour le rachat des premiers-nés. Quelque temps après, l'ange avertit saint Joseph, époux de la Sainte Vierge, de prendre l'Enfant Jésus et sa mère, et de fuir en Égypte, pour éviter la fureur d'Hérode: ce qu'il fit. Quelques auteurs tiennent que Notre Seigneur fut deux ans en Égypte; d'autres, trois; d'autres, comme Baronius, jusqu'à huit. Sa présence sanctifia tout ce pays pour être digne d'être peuplé partout de saints anachorètes, comme on a vu depuis. Eusèbe dit qu'à l'entrée de Jésus-Christ les démons prirent la fuite, et saint Athanase, que les idoles tombèrent.
[113] 5. A l'âge de douze ans, le Fils de Dieu disputa au milieu des docteurs avec tant de sagesse, qu'il ravit en admiration tous ses auditeurs. Après cette action, l'histoire sainte ne parle plus de lui jusqu'à son baptême, qui fut la trentième année de sa vie; après lequel il se retira au désert, y jeûna quarante jours, sans boire ni manger. Il y combattit le démon, et il en demeura victorieux.
[114] 6. Après cela il commença de prêcher dans la Judée, d'appeler les Apôtres et d'opérer toutes ces merveilles adorables dont le texte sacré fait mention. Il me suffit de remarquer qu'en la troisième année de sa prédication et la trente-troisième de son âge, Jésus ressuscita le Lazare; qu'il fit son entrée triomphante dans la ville de Jérusalem le 29e de mars, et que, le 2e jour d'avril suivant, qui était un jeudi, [1]4e jour du mois [de] Nisan, il fit la Pâque avec ses disciples, lava les pieds à ses Apôtres et institua le très saint sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du pain et du vin.
[115] 7. Le soir de ce jour, il fut pris par ses ennemis, conduits par le traître Judas. Le lendemain, 3e avril, nonobstant la fête, on le condamna à mort, après qu'on l'eut fouetté, couronné d'épines et traité avec une ignominie extrême. Le même jour il fut conduit sur le Calvaire et cloué sur une croix entre deux scélérats; et c'est de cette façon que le Dieu de l'innocence voulut mourir de la plus honteuse de toutes les morts et endurer le tourment dû à un voleur nommé Barrabas, que les Juifs lui avaient préféré. Les anciens Pères entendent que Jésus-Christ fut attaché à la croix avec quatre clous, et que du milieu de la croix il sortait un bois en forme de siège, sur lequel son corps reposait.
[116] 8. Le Sauveur du monde, après trois heures de vie languissante, expira dans la 33e année de son âge. Joseph d'Arimathie eut le courage de demander son corps à Pilate, et il le mit dans un monument qu'il avait fait bâtir de nouveau. Mais il ne faut pas oublier que la nature témoigna de la douleur qu'elle avait de la mort de son auteur par divers prodiges qui arrivèrent au moment que Jésus expira. Il ressuscita le 5e avril et (s') apparut plusieurs fois à sa sainte Mère et à ses disciples, pendant quarante jours, jusqu'au jeudi 14e mai, qu'il conduisit ses disciples sur le mont des Olives, et là, en leur présence il monta par sa propre vertu dans les cieux, à la droite de son Père, laissant les vestiges de ses sacrés pieds sur la terre.
CHAPITRE X
La beauté charmante
et la douceur ineffable
de la Sagesse incarnée
[117] Comme la Sagesse ne s'est faite homme que pour attirer les coeurs des hommes à son amitié et à son imitation, elle a pris plaisir [à se parer] de toutes les amabilités et de toutes les douceurs humaines les plus charmantes et les plus sensibles sans aucun défaut, ni aucune laideur.
1- La Sagesse est douce dans ses principes
[118] Si nous la considérons dans ses principes elle n'est que bonté, et que douceur. C'est un don de l'amour du Père éternel et un effet de celui du Saint-Esprit. Elle est donnée par l'amour, et formée par l'amour: Sic Deus dilexit mundum, ut Filium [suum] unigenitum daret. Elle est donc toute d'amour, ou plutôt l'amour même du Père et du Saint-Esprit. Elle est née de la plus douce, la plus tendre et la plus belle de toutes les mères, la divine Marie. Expliquez-moi la douceur de Jésus. Expliquez-moi auparavant la douceur de Marie, sa Mère, à qui il ressemble dans la douceur du tempérament. Jésus est l'enfant de Marie, et par conséquent il n'y a en lui ni fierté, ni rigueur, ni laideur, et encore infiniment moins que dans sa Mère, puisqu'il est la Sagesse éternelle, la douceur et la beauté même.
2- Elle est douce selon les prophètes
[119] Les Prophètes, à qui par avance cette Sagesse incarnée a été montrée, la nomment une brebis et un agneau en douceur: Agnus mansuetus. Ils prédisent qu'à cause de sa douceur, elle n'achèvera pas de rompre un roseau à demi rompu, ni d'éteindre tout à fait une mèche encore fumante: Calamum quassatum non conteret, et linum fumigans non extinguet, Isai. 42. C'est-à-dire qu'elle aura tant de douceur, que, quand un pauvre pécheur serait à demi brisé, aveuglé et perdu par ses péchés, et comme un pied dans l'enfer, elle ne le perdra pas tout à fait, à moins qu'il ne l'y contraigne. Saint Jean-Baptiste, qui fut près de 30 ans dans les déserts pour y mériter par ses austérités la connaissance et l'amour de cette Sagesse incarnée, ne l'eut pas plus tôt vue, qu'il s'écria, en le montrant du doigt à ses disciples: «Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi: Voilà l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde.» Il ne dit pas comme il semblait qu'il devait dire: Voilà le Très Haut, voilà le roi de gloire, voilà le Tout Puissant; mais, comme il le reconnaissait dans son fonds plus qu'aucun homme qui ait été et qui sera jamais: Voilà l'Agneau de Dieu, voilà cette Sagesse éternelle qui, pour nous charmer les coeurs et remettre nos péchés, a uni en soi toute la douceur de Dieu et de l'homme, du ciel et de la terre.
3- Elle est douce dans son nom
[120] Mais que nous marque le nom de Jésus, qui est le nom propre de la Sagesse incarnée, sinon une charité ardente, un amour infini et une douceur charmante ? Jésus, Sauveur, celui qui sauve l'homme, dont le propre est d'aimer et sauver l'homme !
Nil canitur suavius,
Nil auditur jucundius,
Nil cogitatur dulcius
Quam Jesus, Dei Filius.
Oh! que ce nom de Jésus est doux à l'oreille et au coeur d'une âme prédestinée: Mel in ore, melos in aure jubilus in corde: c'est un miel très doux à la bouche, une mélodie agréable aux oreilles et une jubilation par faite au coeur.
4- Elle est douce en son visage
[121] Jesus dulcis in facie, dulcis in ore, dulcis in opere: Jésus est doux [en son visage, doux] en ses paroles et doux en ses actions.
Ce très aimable Sauveur a un visage si doux et si débonnaire, qu'il charmait les yeux et les coeurs de ceux qui le voyaient. Les pasteurs qui vinrent le voir dans l'étable étaient tous si charmés de la douceur et de la beauté de son visage, qu'ils demeuraient des jours entiers comme hors d'eux-mêmes à le regarder. Les rois même les plus fiers n'eurent pas plus tôt senti les traits amoureux de ce bel enfant, que, déposant toute fierté, ils tombèrent sans peine aux pieds de sa crèche. Combien de fois se dirent-ils l'un à l'autre: Amis, qu'il est doux d'être ici! On ne trouve point dans nos palais de plaisirs semblables à ceux qu'on goûte en cette étable à voir ce cher Enfant-Dieu.
Jésus étant encore fort jeune, les personnes affligées et les enfants venaient de tous les lieux circonvoisins le voir, pour se réjouir, et ils s'entre-disaient: Allons voir le petit Jésus, le bel enfant de Marie. La beauté et la majesté de sa face, dit saint Chrysostome, étai[en]t si douces et si respectables tout ensemble, que ceux qui le connaissaient ne pouvaient s'empêcher de l'aimer, et des rois, même très éloignés, sur la renommée de sa beauté, voulurent avoir son portrait. On tient que Notre Seigneur même l'envoya par une faveur spéciale au roi Abogare. Quelques auteurs assurent que, si les soldats romains et les Juifs lui voilèrent le visage, ce n'était que pour le souffleter et le maltraiter plus aisément, parce qu'il sortait de ses yeux et de son visage un éclat de beauté si doux et si ravissant, qu'il désarmait les plus cruels.
5- Elle est douce en ses paroles
[122] Jésus est doux en ses paroles. Lorsqu'il vivait sur la terre, il gagnait tous par la douceur de ses paroles et on ne l'y a jamais entendu crier trop haut [ni] disputer avec chaleur, comme les prophètes avaient prédit: «neque clamabit, neque audiet aliquis in plateis vocem ejus.» Isai. c. 42. Tous ceux qui l'écoutaient sans envie étaient si charmés des paroles de vie qui sortaient de sa bouche, qu'ils s'écriaient: «numquam sic locutus est homo sicut hic homo», Joan. 7; et ceux mêmes qui le haïssaient, tout surpris de l'éloquence et de la sagesse de ses paroles, demandaient: «Unde huic tanta Sapientia?» Jamais homme n'a parlé avec tant de douceur et de grâce. Où est-ce qu'il a reçu tant de sagesse dans ses paroles? Plusieurs milliers de pauvres gens quittaient leurs maisons et leurs familles pour aller l'écouter [jus]que dans les déserts, passant plusieurs jours sans boire ni sans manger, rassasiés de la douceur de sa seule parole. Ce fut par la douceur de ses paroles qu'il attira comme avec un appât ses Apôtres à sa suite; qu'il guérit les malades les plus incurables et qu'il consola les plus affligés. Il ne fit que dire à Marie-Madeleine toute désolée ce seul mot: Marie, et il la combla de joie et de douceur.
CHAPITRE XI
La douceur de la conduite
de la Sagesse incarnée
6- Elle est douce en toute sa conduite
[123] Jésus enfin est doux en ses actions et en toute la conduite de sa vie: dulcis in opere. Il a bien fait toutes ses actions: omnia bene fecit; c'est-à-dire que tout ce qu'a fait Jésus-Christ est fait avec tant de justesse, de sagesse, de sainteté et de douceur, qu'on n'y peut remarquer aucun défaut ni aucune difformité. Voyons avec [quelle] douceur cette aimable Sagesse incarnée se comportait en toute sa conduite.
[124] Les pauvres et les petits enfants la suivaient partout comme leur semblable; ils voyaient en ce cher Sauveur tant de simplicité, de bénignité, de condescendance et de charité, qu'ils faisaient la presse pour l'approcher. Un jour qu'il était à prêcher dans une rue, les enfants, qui avaient coutume d'être auprès de lui, firent la presse par derrière; les Apôtres, qui étaient les plus proches de Notre Seigneur, les repoussèrent. Jésus s'en aperçut, reprit ses Apôtres et leur dit: «Sinite parvulos ad me venire. Laissez venir à moi ces chers petits enfants.» Quand ils furent auprès de lui, il les embrassa et il les bénit. Oh! quelle douceur et bénignité!
Les pauvres, le voyant habillé pauvrement et simple en toutes ses manières, sans faste ni sans fierté, ne se plaisaient qu'en sa compagnie, prenaient partout sa défense contre les riches et les orgueilleux qui le calomniaient et le persécutaient; et lui, de son côté, leur donnait en toute rencontre mille louanges et bénédictions.
[125] Mais qui pourra expliquer la douceur de Jésus envers les pauvres pécheurs? Avec quelle douceur traitait[-il] Madeleine la pécheresse, avec quelle douce condescendance convertit[-il] la Samaritaine, avec quelle miséricorde pardonnait[-il] à la femme adultère; avec quelle charité allait-il manger chez les pécheurs publics pour les gagner! Ses ennemis ne prirent-ils pas occasion de cette grande douceur de le persécuter en disant qu'il faisait par sa douceur transgresser la loi de Moïse, et en l'appelant comme par injure l'ami des pécheurs et des publicains? Avec quelle bonté et humilité tâcha-t-il de gagner le coeur de Judas qui le voulait trahir, en lui lavant les pieds et en l'appelant son ami! Enfin avec quelle charité demanda-t-il pardon à Dieu son Père pour ses bourreaux, en les excusant à cause de leur ignorance !
[126] Oh! que Jésus la Sagesse incarnée est belle, douce et charitable! Qu'elle est belle dans l'éternité, puisqu'elle est la splendeur de son Père, le miroir sans tache et l'image de sa bonté, plus belle que le soleil et plus brillante que la lumière même ! Qu'elle est belle dans le temps, puisqu'elle a été formée par le Saint-Esprit, pure, sans aucun péché, et belle, sans aucune tache; puisqu'elle a charmé pendant sa vie les yeux et les coeurs des hommes, puisqu'elle est à présent la gloire des anges; qu'elle est tendre et douce envers les hommes, et particulièrement les pauvres pécheurs, qu'elle est venue chercher dans le monde visiblement, et qu'elle cherche tous les jours invisiblement!
7- Elle est encore douce dans la gloire
[127] Et qu'on ne s'imagine pas que Jésus, pour être maintenant triomphant et glorieux, en soit moins doux et condescendant; au contraire, sa gloire perfectionne, en quelque manière, sa douceur: il n'a pas tant de désir de paraître que de pardonner, d'étaler les richesses de sa gloire que celles de ses miséricordes.
[128] Qu'on lise les histoires, on verra que, quand cette Sagesse incarnée et glorieuse a apparu à ses amis, elle leur a apparu non d'une manière tonnante et foudroyante, mais d'une manière douce et bénigne; elle n'a pas pris la majesté d'une souveraine et du Dieu des armées, mais la tendresse d'un époux et la douceur d'un ami. Elle s'est quelquefois fait voir dans l'Eucharistie; mais je ne me souviens pas avoir lu qu'elle y soit apparue autrement que sous la forme d'un doux et bel enfant.
[129] Il y a quelque temps qu'un malheureux, de rage de ce qu'il avait perdu son argent au jeu, tira son épée contre le ciel et s'en prit à Notre Seigneur de ce qu'il avait perdu son argent. Chose étonnante! au lieu que les foudres et les carreaux devaient tomber sur lui, voici venir du ciel un petit papier voltigeant autour de lui. Il est surpris, il prend ce papier, il l'ouvre et il y lit: «Miserere mei Deus. Seigneur Dieu ayez pitié de moi!» L'épée lui tomba des mains; il est touché jusqu'au fond du coeur; il se jette par terre et crie miséricorde.
[130] Saint Denis l'Aréopagite rapporte qu'un évêque nommé Carpus, ayant converti un idolâtre avec beaucoup de peine et ayant appris qu'un [autre] idolâtre l'avait en un moment fait renoncer à sa foi, fit à Dieu pendant toute une nuit des instantes prières afin qu'il tirât vengeance d'une telle injure qu'on faisait à sa majesté, en punissant les coupables. Lorsqu'il était dans la plus ardente chaleur de son zèle et de sa prière, il vit tout d'un coup la terre s'ouvrir, et il vit, sur le bord de l'enfer, cet apostat et cet idolâtre que les démons tâchaient d'y faire tomber. Il lève les yeux en haut, il voit le ciel s'ouvrir, et venir Jésus-Christ à soi avec une multitude d'anges, qui lui dit: Carpus, tu me demandes vengeance; tu ne me connais pas. Sais-tu ce que tu me demandes et ce que les pécheurs m'ont coûté? Pourquoi veux-tu que je les perde? Je les aime tant, que je serais prêt de mourir une seconde fois pour chacun d'eux, s'il était besoin. Puis Notre Seigneur, s'approchant de Carpus et lui montrant ses épaules découvertes, lui dit: Carpus, si tu veux te venger, frappe plutôt sur moi que sur ces pauvres pécheurs.
[131] Après cela, n'aimerons-nous pas cette Sagesse éternelle qui nous a plus aimés et nous aime encore plus que sa vie, et dont la beauté et la douceur sur passent tout ce qu'il y a de plus beau et de plus doux au ciel et sur la terre!
[132] Il est rapporté dans la vie du [Bienheureux] Henri de Suzo, que la Sagesse éternelle, qu'il désirait ardemment, lui apparut un jour en cette manière. Elle prit une forme corporelle entourée d'une claire et transparente nuée, assise sur un trône d'ivoire et jetant un éclat, de sa face et de ses yeux, pareil aux rayons du plein midi; sa couronne était l'éternité; sa robe, sa félicité; sa parole, suavité; et ses embrassements causaient la plénitude de tous les bienheureux. Henri la vit en cet appareil, et ce qui l'étonna davantage, c'est que tantôt elle paraissait une jeune fille qui était le miracle du ciel et de la terre en beauté, et tantôt un jeune homme qui semblait avoir épousé toutes les beautés créées pour s'en peindre le visage; tantôt il la voyait hausser la tête par-dessus les cieux, et en même temps fouler de ses pieds les abîmes de la terre; tantôt il la voyait éloignée de lui, et tantôt s'approcher, tantôt majestueuse, et tantôt condescendante, bénigne, douce et pleine de tendresse envers tous ceux qui l'abordaient. Lorsqu'elle lui paraissait de la sorte, elle se tourna vers lui, et, lui faisant un souris agréable, elle lui dit: «Mon fils, donne-moi ton coeur.» En même temps, Henri se jeta à ses pieds et lui fit un don irrévocable de son coeur.
A l'exemple de ce saint personnage, faisons à la Sagesse éternelle et incarnée un don irrévocable de notre coeur, qui est tout ce qu'elle nous demande.
CHAPITRE XII
Les principaux oracles
de la Sagesse incarnée
qu'il faut croire et pratiquer
pour être sauvés
[133] 1. Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même et qu'il porte sa croix tous les jours et me suive. Luc c. 9 [23].
2. Si quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui. Jean 4 [I4, 23].
3. Si vous présentez votre offrande à l'autel et que vous vous souveniez que votre frère est piqué contre vous, laissez votre offrande devant l'autel et allez vous réconcilier. Matt. 5 [23- 24].
[134] 4. Si quelqu'un vient à moi, [et] s'il ne hait son père et sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même son âme, il ne peut être mon disciple: Luc 14 [26].
5. Quiconque aura quitté sa maison ou ses frères, ses enfants ou ses héritages, pour l'amour de moi, il recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Matt. I9 [29].
6. Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel. Matt. I9 [2I].
[135] 7. Tous ceux qui me crient: Seigneur, Seigneur n'entreront pas au royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père céleste y entrera. Matt. 7 [3I].
8. Quiconque entend mes paroles et les exécute sera semblable à un homme sage qui a bâti sur le rocher ferme. Matt. 7 [24].
9. Je vous dis en vérité: Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme des enfants, vous n'entrerez point au royaume des cieux. Matt. I8 [3].
10. Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos dans vos âmes. Matt. 11 [29].
[136] 11. Quand vous priez, prenez garde à ne pas être semblable à ces hypocrites, qui aiment fort de prier debout au milieu de leur synagogue, afin que les hommes les voient. Matt. 6 [5].
12. Que vous sert-il de parler beaucoup en priant, puisque votre Père céleste connaît vos nécessités avant que vous les lui proposiez. Matt. 6.
13. Quand vous vous disposerez à faire vos prières, pardonnez aux autres le tort qu'ils vous ont fait, afin que votre Père qui est aux cieux vous fasse miséricorde. Luc. 11 [Mc 11, 25].
14. Tout ce que vous demanderez à Dieu en vos prières, croyez que vous le recevrez, et vous le recevrez en effet. Marc 11 [24]
[137] 15. Quand vous jeûnez ne soyez pas semblable à ces hypocrites tristes qui paraissent avec un visage exténué, afin que les hommes connaissent leur jeune. Je vous dis en vérité qu'ils ont déjà reçu leur récompense. Matt. 6 [16].
[138] 16. Le ciel se réjouira plus de voir un pécheur faire pénitence que de voir quatre-vingt-dix-neuf justes qui ne font point pénitence. Luc 15 [7].
17. Je ne suis pas venu pour appeler les justes, mais pour appeler les pécheurs et les attirer à la pénitence. Luc 5 [32]
[139] 18. Bienheureux sont ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Matt. 6 [5, 10].
I9. Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront et vous tiendront indignes de leur compagnie à cause du Fils de l'homme; réjouissez-vous, car votre récompense sera grande dans les cieux. Luc 6 [22-23].
20. Si le monde vous hait et vous persécute, sachez qu'il m'a eu en haine devant vous. Si vous eussiez été du monde, le monde vous eut aimés comme siens; mais parce que je vous ai choisis, il vous hait. Jean 15 [18-19].
[140] 21. Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et chargés, et je vous consolerai. Matt. 22 [11, 28].
22. Je suis le pain de vie qui suis descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donne est ma chair. Jean 6 [51-52] .
23. Ma chair est une vraie nourriture, et mon sang un vrai breuvage. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Jean 6 [56-57].
[141] 24. Tous les hommes vous haïront à cause de moi, mais je vous promets qu'un seul de vos cheveux ne tombera pas de votre tête que je n'en aie soin. Luc 21 [17- 18],
[142] 25. Personne [ne] peut servir deux maîtres; ou il en haïra l'un et aimera l'autre, ou il en supportera un et méprisera l'autre. Matt. 6 [24].
[143] 26. Les mauvaises pensées, qui viennent du coeur comme de leur source, souillent la conscience de l'homme; mais manger sans laver ses mains ne peut pas le souiller. Matt. 15 [19-20].
27. L'homme de bien tire de son bon trésor de son coeur ce qui est bon, et le mauvais ne peut prendre de son mauvais trésor que ce qui n'est pas bon. Matt. 12 [35]
[144] 28. Personne n'est digne du royaume de Dieu si, mettant la main à la charrue, il regarde derrière soi. Luc 9 [62].
29. Tous les cheveux de votre tête sont comptés, ne craignez point, vous êtes plus considérés que les petits oiseaux. Luc 10 [12, 7].
30. Dieu n'a pas envoyé son Fils au monde afin qu'il juge et condamne le monde, mais afin qu'il le sauve. Jean 3 [17]
[145] 31. Tout homme qui fait mal ne peut supporter la lumière, crainte que ses oeuvres ne soient censurées. Jean 3 [20].
32. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. Jean 4 [24].
33. C'est l'esprit qui donne la vie à tout, et la chair ne profite de rien; les paroles que je vous ai dites sont des paroles de vie. Jean 6 [64].
34. Quiconque fait le péché se rend serviteur et esclave du péché, et le serviteur ne demeurera pas toujours en la maison. Jean 8 [34-35].
35. Qui est fidèle dans les petites choses est fidèle dans les plus grandes, et qui est injuste en peu est encore injuste quand il s'agit [de] davantage. Luc 16 [10].
36. Il est plus facile que le ciel et la terre périsse[nt], qu'un seul iota de la loi ne soit point accompli. Luc 16 [17].
37. Faites en sorte que vos actions soient actions de lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres et qu'ils glorifient votre Père, qui est dans les cieux. Matt. 5 [16].
[146] 38. Si votre justice n'est pas plus grande que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez jamais au royaume des cieux. Matt. 5 [20].
39. Si votre oeil vous scandalise, arrachez-le; car il vous est plus expédient de perdre un de vos membres que de souffrir qu'on jette tout votre corps dans l'enfer. Matt. 5 [23].
40. Le royaume des cieux souffre violence, et il n'y a que les violents qui le ravissent. Matt. 11 [12].
41. N'amassez point des trésors en la terre où la teigne et la rouille peuvent les corrompre, où les voleurs peuvent les dérober; mais amassez des trésors au ciel, où les larrons ne peuvent pas vous les ôter. Matt. 6 [19-20].
42. Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés; le même jugement que vous ferez des autres, on le fera de vous. Matt. 9 [7, 12].
[147] 43. Prenez garde aux faux prophètes qui viennent à vous couverts d'une peau de brebis, et qui, au dedans de leur cœur, sont des loups ravissants; vous les connaîtrez par leurs fruits. Matt. 7 [15-16].
44. Prenez garde de ne pas mépriser un des plus petits enfants